L’Italie a annoncé avoir « temporairement » fermé l’espace Schengen à l’Espagne, après l’afflux massif de migrants qui a frappé l’enclave espagnole de Ceuta cette semaine. Des dizaines de milliers de personnes venues du Maroc ont franchi la frontière ces derniers jours, et les autorités espagnoles font état du retour au Maroc de plus de 48 000 d’entre elles. L’enclave, qui compte environ 80 000 habitants, se trouve ainsi confrontée à un afflux équivalant à près des trois quarts de sa population résidente.
Sur le plan juridique, il n’est pas possible d’exclure un pays de l’espace Schengen. Un État membre peut en revanche rétablir des contrôles exceptionnels et temporaires à ses frontières, une faculté que l’Italie dit avoir utilisée face à la crise en cours. La mesure vise l’Espagne, dont l’enclave de Ceuta constitue l’une des rares frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe. Elle implique le rétablissement de vérifications aux frontières italiennes pour les voyageurs en provenance d’Espagne.
La France a également réagi. Le président Emmanuel Macron a demandé de « renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne », et Laurent Nuñez a annoncé que la France allait « renforcer sans attendre » le dispositif à la frontière espagnole. Ces annonces illustrent l’inquiétude suscitée dans l’Union européenne par l’ampleur de la vague migratoire.
L’ampleur de la crise est considérable au regard de la taille de l’enclave. Selon le président de Ceuta, plus de 60 000 personnes ont franchi la frontière entre l’enclave espagnole et le Maroc en quelques heures, un nombre sans commune mesure avec la population locale, d’environ 80 000 habitants. Au plus fort de la vague, l’Espagne estimait que près de 49 000 personnes étaient entrées dans l’enclave au cours des dernières vingt-quatre heures. Au moins 34 personnes sont mortes en tentant de rejoindre le territoire, selon les informations rapportées par les autorités locales.
Des migrants marchent déjà vers la frontière avec le Maroc pour quitter l’Espagne, ce vendredi 31 juillet. Dans la matinée, le gouvernement espagnol avait fait état de plus de 37 500 retours; ce chiffre dépassait 48 000 en fin de journée. Les autorités espagnoles ont souligné que les retours se poursuivaient, tandis que le chef du gouvernement, Pedro Sánchez, était attendu sur place pour suivre l’évolution de la situation. Le solde entre les entrées et les retours laissait encore plusieurs milliers de personnes dans l’enclave ou sur le chemin du retour.
Cette vague migratoire met en lumière les tensions autour de la gestion des frontières extérieures de l’Union européenne et du régime de libre circulation qui la sous-tend. La décision italienne de rétablir des contrôles temporaires, ajoutée à l’annonce française de renforcer les contrôles à la frontière espagnole, montre que les répercussions de la crise de Ceuta dépassent largement la seule péninsule Ibérique. Cette procédure, prévue par les règles de l’espace Schengen pour des circonstances exceptionnelles, reste une mesure dérogatoire qui traduit la gravité de la situation.



