La découverte d’un drone transportant un « engin explosif non identifié » a entraîné la suspension du trafic aérien à l’aéroport de Leipzig/Halle, dans l’est de l’Allemagne. L’incident, survenu dans la nuit de mardi à mercredi, a mobilisé des moyens de sécurité importants sur une plateforme considérée comme l’un des hubs logistiques les plus stratégiques d’Europe pour le transport de matériel militaire et civil vers l’Ukraine.
Le trafic a été interrompu pendant près de deux heures après la découverte de l’appareil sans pilote, qui se trouvait tout près d’un avion-cargo ukrainien de type Antonov. Des images diffusées par la presse allemande montrent des techniciens de la police scientifique intervenant aux côtés d’un robot de déminage à proximité de l’avion.
Selon les enquêteurs, un « deuxième objet volant non identifié » aurait en outre percuté un avion-cargo après que celui-ci eut redécollé en raison de la fermeture préalable de la piste. « De légers dommages ont été constatés sur l’appareil après son atterrissage à Hanovre », à environ 200 kilomètres de Leipzig, indiquent-ils. L’avion appartiendrait, selon des médias, à la compagnie allemande de logistique DHL, qui n’a pas confirmé l’information dans l’immédiat.
L’aéroport de Leipzig/Halle n’est pas un simple aéroport régional. Il joue un rôle central dans le transport de biens militaires, notamment pour l’armée allemande et les alliés de l’Otan. Il sert également de base à Antonov Airlines et abrite le centre de tri européen de DHL Express, une filiale de la poste allemande Deutsche Post. Alors que Berlin soutient activement Kiev depuis le début de l’invasion russe, cette position fait de la plateforme un maillon essentiel dans l’acheminement du soutien occidental vers l’Ukraine.
Le site a déjà été au centre de plusieurs alertes de sécurité ces derniers mois. En juillet 2024, un colis avait pris feu dans le centre DHL avant son transport prévu en avion, et le patron des renseignements intérieurs allemands avait alors ouvertement accusé Moscou d’être derrière cet incident.
En septembre 2025, une ressortissante chinoise a été condamnée pour espionnage. Elle avait fourni à l’ex-collaborateur d’un député d’extrême droite des informations sur des vols, des cargaisons et des passagers de l’aéroport, notamment autour du transport de biens militaires et des personnes « ayant des liens avec une entreprise allemande d’armement ».
Le nouvel incident relance immédiatement les soupçons à l’encontre de Moscou. « Qui d’autre cela pourrait-il être? », a lancé l’ambassadeur ukrainien en Allemagne, cité par la presse. Berlin accuse régulièrement la Russie d’être à l’origine de nombreux incidents de sabotage présumé, d’espionnage et d’intrusions de drones sur son sol.
Un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères a toutefois appelé à la prudence. « La Russie tente tous les jours, d’une manière ou d’une autre, par des moyens hybrides et des actions variées, d’exercer une influence ici en Allemagne, d’une façon qui vise à saper notre démocratie », a-t-il commenté, tout en précisant qu’il n’évoquait pas une implication russe « concernant ce cas précis ». Les autorités allemandes assurent que ces attaques permanentes, « organisées et pilotées par l’État » russe, « existent bel et bien ».
L’incident illustre une nouvelle fois les craintes exprimées par Berlin face aux opérations hybrides visant les infrastructures sensibles allemandes. Sans désignation officielle pour ce cas précis, la Russie demeure au centre des soupçons, alors que l’Allemagne l’accuse régulièrement de mener de telles actions sur son territoire.



