Vingt-deux dirigeants de l’Union européenne ont demandé des discussions d’urgence face à la crise migratoire qui frappe Ceuta, l’enclave espagnole située à la pointe nord du Maroc. La demande, portée par la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a été adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Les signataires réclament notamment une visioconférence d’urgence, tandis que les ministres de l’Intérieur des États membres doivent se réunir mardi pour examiner la situation. Aucun responsable français ou portugais n’a en revanche cosigné la lettre.

L’afflux de migrants dans l’enclave a pris ces derniers jours une ampleur considérable. Selon le gouvernement espagnol, des dizaines de milliers de personnes sont entrées à Ceuta depuis le Maroc, profitant d’une pression migratoire exceptionnelle à la frontière. Samedi 1er août, Madrid a annoncé que « la quasi-totalité » de ces migrants étaient déjà retournés au Maroc. Le gouvernement espagnol a même jugé la situation « quasiment normale » dans l’enclave, malgré des images montrant de fortes tensions aux abords de la barrière frontalière.

La crise de Ceuta n’est pas seulement humanitaire: elle est aussi politique. La France et l’Italie, entre autres, ont provoqué une crise dans l’UE, tant les approches divergent sur la répartition des migrants et sur la conduite à tenir face aux pays de transit. La lettre initiée par Giorgia Meloni illustre ces divisions: si 22 pays ont soutenu l’idée d’une réunion d’urgence, Paris et Lisbonne n’ont pas souhaité s’associer à la démarche. Ce refus envoie un signal diplomatique fort à quelques jours de la réunion ministérielle.

Le bilan humain reste par ailleurs préoccupant. Selon un nouveau bilan des autorités espagnoles, au moins 67 migrants sont morts en essayant d’entrer dans l’enclave depuis le Maroc. Une organisation non gouvernementale a, de son côté, évoqué « près de 130 victimes ». Ce dernier chiffre n’a pas été confirmé officiellement, mais il témoigne de la dangerosité de cette route migratoire.

Dans une vidéo relayée par les médias, un migrant arrivé à Ceuta témoigne: « J’ai vu l’enfer ». Ces récits illustrent l’intensité de la pression migratoire à laquelle l’enclave est confrontée depuis plusieurs jours.

La réunion des ministres de l’Intérieur, prévue mardi, doit permettre de dégager une position commune. Elle fait suite à la lettre adressée à Ursula von der Leyen et aux demandes répétées des pays les plus exposés à la pression migratoire. Les discussions s’annoncent difficiles: entre les pays qui réclament une solidarité concrète et ceux qui privilégient le renforcement des frontières extérieures, le compromis reste fragile. Le retour annoncé de la quasi-totalité des migrants vers le Maroc n’efface pas, en tout cas, les désaccords de fond sur la politique migratoire de l’Union.

Au-delà de l’urgence immédiate, l’épisode de Ceuta rappelle la position singulière de cette enclave, considérée comme une porte d’entrée vers l’espace Schengen. La pression migratoire y est chronique et chaque pic déclenche une crise politique européenne. La réponse des Vingt-Sept, mardi, sera scrutée comme un indicateur de leur capacité à gérer collectivement une question qui n’a cessé de diviser le continent.