Des chercheurs espagnols conçoivent un pneu aux bandes de roulement remplaçables
L'université Carlos III de Madrid présente ECOTIRE, un prototype de pneu dont les bandes de roulement se démontent et se remplacent, réduisant les déchets et les microplastiques issus de l'usure.
Et si l'on pouvait changer la bande de roulement d'un pneu comme on fait ressemeler une chaussure ? C'est la piste explorée par des chercheurs de l'université Carlos III de Madrid (UC3M), en Espagne, qui viennent de dévoiler un prototype baptisé ECOTIRE. Le principe : des bandes de roulement moulées séparément, fixées mécaniquement à la carcasse du pneu. Une fois usées, elles se démontent et se remplacent, sans qu'il soit nécessaire de jeter l'ensemble.
Le constat de départ est simple. Aujourd'hui, un pneu est mis au rebut alors que seule une infime partie de sa matière, le pourtour en contact avec la route, s'est dégradée. Cette convention industrielle génère un gaspillage considérable. Elle alimente aussi une pollution moins visible : en s'usant, la gomme ne disparaît pas, elle se détache en fines particules de microplastique. Celles qui ne finissent pas dans les poumons s'accumulent dans les sols et les cours d'eau. Les véhicules thermiques comme les véhicules électriques contribuent tous deux à ce phénomène.
Le prototype de l'UC3M entend répondre simultanément aux deux problèmes. Parce que les bandes sont moulées à part, les fabricants pourraient choisir des matériaux « plus durables et biocompatibles » pour la partie qui s'use. L'équipe a ainsi testé des bandes en caoutchouc de silicone, dont la détérioration s'est révélée environ dix fois moindre que celle du caoutchouc conventionnel. Autrement dit, ces bandes continuent d'émettre des microplastiques, mais dans des proportions nettement inférieures.
Les chercheurs ont également mis au point les moules nécessaires à une production de masse, ce qui ouvre la voie à une industrialisation du procédé. Et les essais menés jusqu'ici sont encourageants : sur la route, le comportement de l'ECOTIRE se rapproche de celui d'un pneu classique. « Le comportement de notre pneu est déjà suffisamment proche de celui des pneus conventionnels pour que nous soyons très proches d'un transfert vers l'industrie, aux côtés d'entreprises du secteur », explique le chercheur Daniel García-Pozuelo, cité par les auteurs du projet. Il tempère toutefois : « il reste encore un long chemin avant qu'il n'atteigne la société ».
Le projet s'inscrit dans un contexte où l'usure des pneumatiques est de plus en plus identifiée comme une source majeure de pollution plastique diffuse, difficile à collecter et à traiter. Les particules issues de l'abrasion des pneus s'ajoutent à celles rejetées par les textiles synthétiques et les processus industriels. Réduire la quantité de gomme perdue par kilomètre parcouru, tout en allongeant la durée de vie de la carcasse, pourrait donc avoir un effet cumulé sur l'environnement.
Reste à savoir si le modèle économique suivra. Un pneu dont on remplace la bande de roulement suppose une nouvelle chaîne de distribution, des ateliers formés et une logistique de pièces détachées. Les constructeurs et les réseaux de vente devraient s'y adapter. L'équipe madrilène dit travailler avec des partenaires industriels, sans préciser d'échéancier ni de calendrier de commercialisation.
Pour l'heure, ECOTIRE demeure un prototype de laboratoire. Mais il illustre une tendance de fond dans l'ingénierie des matériaux : concevoir des produits dont les composants les plus sollicités sont remplaçables plutôt que jetables. Une approche qui, appliquée aux pneumatiques, pourrait transformer un déchet courant en pièce d'usure recyclable.
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