Un seul chat a suffi à faire échouer deux réintroductions de pāteke
Sur la péninsule de Purerua, le même chat haret a tué la majorité de deux groupes de canards relâchés. Son cas illustre la fragilité des programmes de restauration.
La restauration d’une espèce peut mobiliser des élevages, des transferts, des habitats protégés et des années de suivi. Sur la péninsule de Purerua, dans le nord de la Nouvelle-Zélande, un seul chat haret a pourtant suffi à compromettre deux lâchers successifs de pāteke, un petit canard endémique. Surnommé « Nine Lives » pour sa capacité à échapper aux pièges, l’animal a finalement été capturé le 30 juillet 2026 puis abattu de manière présentée comme humane par l’équipe.
Le premier épisode remonte à 2023. Pest Free Purerua avait relâché 20 pāteke élevés pour renforcer une population sauvage. Le site était considéré comme suffisamment contrôlé du point de vue des chats errants. Moins d’une semaine plus tard, un premier oiseau était retrouvé mort. Des caméras ont permis d’identifier un grand chat gris tigré aux marques reconnaissables. L’équipe lui a ensuite attribué la mort de 15 autres canards.
Les moyens de surveillance ont été renforcés avec davantage de pièges, de cages et de caméras nocturnes. D’autres chats ont été capturés, mais pas celui-ci. Son comportement était particulièrement irrégulier : apparition au crépuscule, en pleine nuit, au matin ou en journée, puis absence pendant deux ou trois mois. Cette variabilité empêchait de construire une routine de piégeage efficace.
En 2024, une deuxième tentative a été menée avec 20 nouveaux pāteke. Le même chat est réapparu et 15 oiseaux de ce groupe ont à nouveau été tués, selon le projet. The Guardian estime que « Nine Lives » a causé au total la mort de dizaines de pāteke, soit environ 1 % de la population. Cette proportion reste une estimation journalistique, mais les deux épisodes de relâcher montrent déjà un effet très important à l’échelle locale.
Le Department of Conservation néo-zélandais estime qu’entre 2 000 et 2 500 pāteke vivaient à l’état sauvage en 2022. L’espèce, appelée brown teal en anglais, est endémique de Nouvelle-Zélande et considérée par le DOC comme l’oiseau d’eau le plus rare du pays sur le continent. Son statut national est aujourd’hui en augmentation, résultat d’efforts de conservation, mais cette progression reste réversible si les menaces cessent d’être contrôlées.
Le DOC identifie quatre piliers pour le rétablissement : contrôle des prédateurs, restauration des habitats, élevage et lâcher d’oiseaux, sensibilisation du public. Le cas de Purerua montre pourquoi ces quatre éléments doivent fonctionner ensemble. Relâcher des oiseaux dans un habitat favorable ne suffit pas si un prédateur introduit peut transformer ce territoire en piège écologique.
La capture a été possible lorsque le chat est devenu brièvement prévisible. À la fin de juillet, il a fréquenté une carrière trois nuits consécutives. Les piégeurs ont utilisé du saumon, du poulet frit et du lapin comme appâts. Une caméra a signalé le 30 juillet qu’un chat se trouvait dans une cage. Après identification, l’animal a été abattu.
Son contenu stomacal devait être examiné, puis le corps naturalisé pour servir à l’éducation du public. La Nouvelle-Zélande a parallèlement ajouté les chats harets à la stratégie Predator Free 2050 en novembre 2025, tout en excluant explicitement les chats domestiques de cet objectif.
Purerua envisage désormais de reprendre les lâchers de pāteke. Le prochain groupe constituera un test écologique très concret : si sa survie s’améliore durablement, l’élimination de « Nine Lives » aura supprimé un facteur majeur. Si les pertes reprennent, le problème apparaîtra comme celui d’un flux continu de prédateurs, et non d’un individu exceptionnel.
