Ils étaient jeunes, blonds et souriants sur les photos de l’époque. Mais derrière l’apparence de couple parfait se cachait une réalité sordide: Paul Bernardo et Karla Homolka, surnommés « Ken et Barbie » par les médias canadiens, ont violé et tué plusieurs adolescentes entre la fin des années 1980 et le début des années 1990. Leur histoire, qui a éclaté au grand jour en 1993, a profondément choqué le Canada et continue de hanter l’imaginaire collectif.
Selon les experts qui ont étudié l’affaire, la rencontre entre Bernardo, 23 ans, et Homolka, 17 ans, en 1987, a été décrite comme « la mèche et l’allumette ». Déjà auteur de plusieurs viols, Bernardo avait développé une haine des femmes ancrée dans une enfance dysfonctionnelle, marquée par un père violent accusé d’abus sexuels et une mère dépressive. Karla Homolka, elle, était une jeune femme de la classe moyenne, sociable et intelligente, mais qui s’est rapidement laissé entraîner dans la violence. « C’est la rencontre de deux esprits pervers », résume Stéphane Berthomet, auteur québécois spécialiste du true crime.
Le couple a commencé par des agressions sexuelles, filmées par Homolka, avant de passer au meurtre. En décembre 1990, ils droguent Tammy Homolka, la petite sœur de Karla, âgée de 15 ans, dans la maison familiale. Paul Bernardo la viole tandis que sa compagne participe et filme. L’adolescente, inconsciente, s’étouffe. La mort est attribuée à une overdose d’alcool et classée comme accidentelle. Cette impunité les pousse à aller plus loin.
Le jour de leur mariage, le 29 juin 1991, le corps de Leslie Mahaffy, 14 ans, est retrouvé dans le lac Gibson, démembré et coulé dans du béton. En avril 1992, Kristen French, 15 ans, est enlevée sur le parking d’une église et retrouvée quelques jours plus tard dans un fossé. Les deux jeunes filles avaient été violées et tuées par le couple. La police, qui cherchait depuis des années le « violeur de Scarborough », ne faisait pas le lien avec Bernardo, pourtant interrogé en raison de sa ressemblance avec un portrait-robot.
En 1993, Karla Homolka est hospitalisée après des violences conjugales graves. Elle quitte Bernardo, et l’affaire attire l’attention des forces de l’ordre. Un test ADN confirme que Bernardo est le violeur de Scarborough. Karla, d’abord peu coopérative, passe un accord avec la justice: elle témoigne contre son mari en échange d’une peine de douze ans de prison. Considérée comme une victime sous emprise, elle est préparée comme témoin clé.
Mais la découverte de cassettes vidéo cachées dans leur maison change tout. Ces images, d’abord occultées par l’avocat de Bernardo, montrent des « sévices et humiliations affreuses ». Elles deviennent des preuves accablantes contre Bernardo, mais aussi contre Homolka, qui apparaît comme une « complice joyeuse », selon l’experte Emily Tibbats. L’accord judiciaire est alors perçu par l’opinion publique comme un « pacte avec le diable » et suscite l’indignation. Des pétitions demandent sa révision, sans succès.
Karla Homolka sort de prison en 2005. Elle change de nom, se remarie et a trois enfants. Paul Bernardo, condamné à la prison à vie, est déclaré délinquant dangereux et ne peut pas demander de libération conditionnelle avant vingt-cinq ans. L’affaire, abondamment documentée et commentée, reste un symbole de l’horreur que peuvent cacher les apparences les plus anodines.



