Depuis plusieurs jours, deux incendies majeurs ravagent les régions de Madrid et de Castille-et-León, plongeant la capitale espagnole dans une atmosphère irrespirable. Les habitants, y compris de nombreux Français installés sur place, décrivent des scènes apocalyptiques: ciel orangé, fine couche de cendres recouvrant la ville et odeur persistante de brûlé. Si les flammes ne menacent pas directement Madrid, les fumées transportées par le vent rendent l'air dangereux pour la santé, poussant les autorités à recommander le port du masque et la fermeture des fenêtres.

Romain, un Français vivant dans l'ouest de Madrid avec sa famille, raconte n'avoir jamais vécu une telle situation. « Aujourd'hui, le ciel est plutôt bleu malgré des teintes grises à l'horizon », explique-t-il. Mais avant-hier, la ville avait des allures presque apocalyptiques. Samedi, de fines pellicules de braise se sont déposées sur la capitale. « Pour le moment, c'est inoffensif, mais on ne peut pas étendre notre linge », tempère le trentenaire, tout en soulignant que la situation est bien pire à quelques dizaines de kilomètres, là où les incendies font rage.

À Getafe, dans la banlieue sud de Madrid, Eva, une Française installée depuis deux ans, a été réveillée dans la nuit de vendredi à samedi par une quinte de toux. « Vers minuit, j'ai commencé à sentir une forte odeur de brûlé. L'odeur était si forte que j'ai fermé les fenêtres malgré les fortes chaleurs, ça me prenait à la gorge et je toussais à répétition », témoigne-t-elle. Inquiète pour ses proches, elle suit de près l'évolution des feux: « Certains amis et collègues habitent à proximité des incendies, ils sont beaucoup plus en danger que moi, je leur demande souvent des nouvelles. »

Les deux incendies, baptisés « Sierra de l'ouest » dans la région madrilène et celui d'Ávila en Castille-et-León, ont déjà ravagé environ 75 000 hectares, soit sept fois la superficie de Paris. Les autorités espèrent les maîtriser d'ici mardi soir, mais une nouvelle vague de chaleur est prévue mercredi, ce qui pourrait compliquer les efforts des pompiers. En attendant, les habitants de l'agglomération madrilène ont reçu des consignes de précaution: laisser les fenêtres fermées, éviter les activités sportives en extérieur et porter un masque. Aucune restriction d'eau n'a été imposée, mais comme le note Romain, « dehors, personne n'est en train de laver sa voiture ».

Malgré la gravité de la situation, un élan de solidarité impressionnant s'est manifesté. Romain observe « une solidarité spontanée en Espagne assez incroyable dans ces moments-là ». Des agriculteurs ont apporté leur aide aux pompiers, et la Fédération de Judo d'une ville voisine a ouvert son dojo pour accueillir les évacués, leur préparant à manger spontanément. Ce type de réaction rappelle les inondations meurtrières de Valence en 2024, où la population s'était également mobilisée.

Au-delà de l'inquiétude immédiate, c'est un sentiment de « panique » lié au réchauffement climatique qui s'installe en Espagne, selon Romain. « Les périodes de fortes chaleurs interviennent plutôt en août habituellement… Les gens n'en peuvent plus des politiques qui se renvoient constamment la balle d'un point de vue environnemental », déplore-t-il. Alors que la France connaît également des incendies dévastateurs en Gironde et dans les Landes, la question climatique s'impose avec urgence dans le débat public.

Les prochains jours seront décisifs pour maîtriser les feux alors que les températures devraient grimper à nouveau. Les résidents de Madrid, comme leurs compatriotes des zones directement menacées, retiennent leur souffle en espérant que les prévisions des autorités se réalisent.