Les incendies qui frappent la France ne sont toujours pas maîtrisés et les moyens de lutte sont constamment renforcés. Ce déploiement massif intervient dans un contexte de sécheresse persistante et de multiples vagues de chaleur, dont une quatrième devrait débuter la semaine prochaine. Face à cette situation, des scientifiques soulignent que le pays doit dépasser la simple gestion de crise pour adopter une véritable gestion des risques, en intégrant l'aménagement du territoire au cœur des politiques locales.
« Plus qu'une gestion de crise, c'est une gestion des risques qu'il faut », explique Pauline Vilain-Carlotti, spécialiste de la gestion sociale de l'environnement et directrice d'études risque d'incendie de forêt au bureau d'études Warucene. Auteure de l'ouvrage « L'Épreuve du feu. Habiter autrement la Terre » (Flammarion), elle insiste sur la nécessité de repenser l'occupation des sols pour limiter les dégâts des incendies à répétition. Selon elle, l'aménagement des territoires doit devenir une priorité absolue pour les collectivités, bien avant que les flammes ne se déclarent.
Le dérèglement climatique amplifie les conditions favorables aux feux de forêt. Les épisodes caniculaires s'enchaînent, asséchant la végétation et rendant les départs de feu plus fréquents et plus violents. La quatrième vague de chaleur annoncée pour la semaine prochaine risque d'aggraver encore la situation dans plusieurs régions, notamment dans le Sud-Est et le Sud-Ouest. Les pompiers et les services de secours sont mobilisés sans relâche, mais les experts estiment que ces moyens ne suffiront pas à endiguer la multiplication des sinistres si des mesures structurelles ne sont pas prises.
Dans ce contexte, la notion de gestion des risques prend tout son sens. Elle consiste à anticiper les menaces plutôt qu'à intervenir une fois le feu déclaré. Cela passe par une planification urbaine et rurale adaptée: création de zones tampons, limitation de la construction en lisière de forêt, entretien des espaces boisés, et incitations à une agriculture et une sylviculture résilientes. « Il faut intégrer le risque incendie dans chaque décision d'aménagement », insiste Pauline Vilain-Carlotti, qui appelle à une coordination renforcée entre l'État, les régions et les communes.
Les récents incendies ont rappelé la vulnérabilité des territoires français face aux feux de forêt. Plusieurs milliers d'hectares ont déjà brûlé cette saison, et les prévisions météorologiques laissent craindre un été particulièrement difficile. La sécheresse des sols et la canicule créent un cocktail explosif, favorisant des comportements de feu extrêmes, difficiles à maîtriser même avec des moyens aériens et terrestres conséquents.
Pour la spécialiste, la solution ne réside pas uniquement dans le renforcement des moyens de lutte, mais dans une transformation profonde de notre rapport au territoire. « Habiter autrement la Terre signifie accepter que nous devons cohabiter avec le feu, et donc adapter nos modes de vie et nos implantations », écrit-elle. Cela implique de repenser les lotissements, les zones périurbaines et même l'architecture des bâtiments pour les rendre moins vulnérables aux flammes.
Les pouvoirs publics commencent à prendre conscience de ce virage nécessaire. Plusieurs régions ont annoncé des plans de prévention des risques d'incendie, mais leur mise en œuvre reste lente et inégale. Les associations environnementales réclament des mesures plus ambitieuses, notamment l'interdiction de construire dans les zones à risque élevé et l'obligation pour les propriétaires de débroussailler leurs terrains. La question du financement de ces mesures se pose également, alors que les budgets consacrés à la prévention restent souvent inférieurs à ceux alloués à la lutte contre les incendies.
Alors que la France fait face à une saison des feux de plus en plus longue et intense, l'appel des scientifiques à une gestion des risques proactive se fait plus pressant. Il ne s'agit plus seulement d'éteindre les incendies, mais de repenser l'aménagement du territoire pour limiter leur impact sur les populations, les écosystèmes et l'économie. Un défi de taille qui exigera une volonté politique forte et une mobilisation de tous les acteurs concernés.



