La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a annoncé sa démission mercredi après le vote de la loi d'urgence agricole, qui réintroduit deux pesticides neurotoxiques jusqu'alors interdits en France. Mais quelques heures plus tard, elle a finalement accepté de rester en poste, convaincue par Emmanuel Macron au nom de « l'urgence d'agir contre les conséquences du changement climatique ». Cet épisode illustre une nouvelle fois la difficulté chronique du ministère de l'Écologie, un poste que huit ministres se sont partagé en neuf ans, entre démissions fracassantes, scandales et désaccords politiques.
Le précédent le plus célèbre reste celui de Nicolas Hulot, premier ministre de l'Écologie du premier gouvernement Macron. En septembre 2018, il démissionne avec fracas au micro de France Inter, prenant tout le monde de court, y compris le président. En poste depuis quinze mois, il justifie son départ par le manque d'ambition du gouvernement et dénonce la trop forte présence des lobbies de la chasse, du nucléaire et des pesticides autour de l'Élysée et de Matignon. Son action, juge-t-il, n'a permis d'obtenir que des « petits pas » en matière environnementale.
Son successeur, François de Rugy, connaît une fin de mandat encore plus brutale. En juillet 2019, il démissionne une semaine après des révélations de Mediapart sur des dîners fastueux à base de homards et de grands crus payés par le contribuable lorsqu'il présidait l'Assemblée nationale, ainsi que sur des travaux dans son logement de fonction. L'affaire, surnommée « Homard Gate », reste célèbre pour la maladroite défense du ministre, qui jurait ne pas aimer le homard et ne pas prendre de champagne.
Avant eux, d'autres ministres ont connu des départs tout aussi mouvementés. Delphine Batho, ministre de l'Écologie sous François Hollande, est remerciée en juillet 2013 après avoir qualifié publiquement de « mauvais » le budget 2014 de son ministère. Nathalie Kosciusko-Morizet, quant à elle, quitte le gouvernement Fillon en février 2012 pour prendre la direction de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, expliquant vouloir « éviter tout mélange des genres ».
Ce turnover incessant interroge sur la place réelle de l'écologie dans la politique française. Le ministère de la Transition écologique est souvent qualifié de « ministère de l'impossible », tiraillé entre les impératifs économiques, les pressions des lobbies et les engagements climatiques. La loi d'urgence agricole, qui a provoqué la démission avortée de Monique Barbut, en est une illustration frappante: elle réintroduit des pesticides neurotoxiques interdits, au nom de la souveraineté alimentaire et de la compétitivité du secteur agricole.
Pour les associations environnementales, cette valse des ministres est le signe d'un manque de volonté politique. « Chaque nouveau ministre arrive avec des promesses, mais se heurte rapidement aux mêmes obstacles: le poids des lobbies, la priorité donnée à l'économie et l'absence de vision à long terme », explique un porte-parole de Greenpeace France. « Le résultat, c'est que la France accumule les retards dans la transition écologique, alors que les urgences climatiques se multiplient. »
Du côté de l'exécutif, on assure que la stabilité n'est pas incompatible avec l'ambition. « Emmanuel Macron a toujours placé l'écologie au cœur de son projet, mais il doit composer avec des réalités économiques et sociales complexes », explique un conseiller de l'Élysée. « Le maintien de Monique Barbut montre que le président est déterminé à avancer, même si cela passe par des compromis difficiles. »
Reste que cette instabilité ministérielle a des conséquences concrètes sur la mise en œuvre des politiques publiques. Chaque changement de ministre entraîne des retards dans les réformes, des revirements stratégiques et une perte de crédibilité auprès des partenaires internationaux. La France, qui s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55 % d'ici 2030, peine à tenir ses objectifs, comme le montrent les récents rapports du Haut Conseil pour le climat.
Pour Monique Barbut, le défi est désormais de transformer l'essai. Après avoir failli quitter le navire, elle doit convaincre les écologistes et les citoyens que son maintien n'est pas un simple replâtrage, mais une opportunité pour accélérer la transition. « Je reste parce que l'urgence climatique ne peut pas attendre », a-t-elle déclaré. Un message qui devra être suivi d'actes pour ne pas ajouter un nouveau chapitre à la longue liste des démissions avortées ou fracassantes de ce ministère à haut risque.



