Alors que les Bleus se préparent à affronter l'Espagne ce mardi à Dallas, dans le cadre de la Coupe du monde 2026, la ville texane est aussi le théâtre d'un combat discret mais déterminé contre la politique migratoire de Donald Trump. Au cœur de cette résistance, un pasteur méthodiste, Eric Folkerth, incarne une opposition farouche à ce qu'il qualifie de « politique raciste » du président américain. Installé dans le quartier cossu de Kessler Park, ce pasteur atypique, chanteur de folk à ses heures perdues, utilise son église comme un bastion de solidarité et de désobéissance civile.
Eric Folkerth n'en est pas à son premier acte de rébellion. Dans son bureau, il conserve fièrement le reçu encadré de son arrestation, survenue lors d'une manifestation de soutien aux migrants devant la Maison-Blanche. « Nous étions cent treize responsables religieux à participer à cette action de désobéissance civile », raconte-t-il avec un sourire espiègle. À l'époque, il protestait contre la politique migratoire de Barack Obama, qu'il jugeait déjà « abominable », mais il estime que la situation a empiré avec le retour de Trump au pouvoir. Ce pasteur progressiste a également célébré des mariages homosexuels à une époque où cela était interdit par les règles de l'Église méthodiste unie, une initiative qui aurait pu lui coûter sa place.
Dallas, souvent perçue comme une ville conservatrice, est en réalité plus nuancée, selon Eric Folkerth. « C'est une goutte de bleu dans un océan de rouge », explique-t-il, faisant référence à la couleur du parti démocrate. Lors des élections, les démocrates y remportent largement la majorité des voix, même si cela n'a pas toujours été le cas. « Lorsque j'étais jeune, Dallas était profondément conservatrice. Comme dans beaucoup de grandes villes américaines, la situation s'est progressivement inversée », précise-t-il. Cette évolution n'empêche pas la ville d'être un terrain d'action privilégié pour l'ICE (Immigration and Customs Enforcement), l'agence chargée de la politique migratoire de Trump, qui mène des opérations d'expulsions massives, même pendant la Coupe du monde.
Eric Folkerth et les militants anti-ICE avec lesquels il collabore ont remporté une victoire récente: ils ont contraint une entreprise locale à renoncer à transformer des entrepôts en centres de détention pour migrants. « Ces bâtiments n'étaient même pas conçus pour accueillir des personnes: ils n'avaient pas les infrastructures nécessaires en eau ou en assainissement », s'indigne le pasteur. Grâce à la mobilisation de la communauté, le projet a été abandonné, même s'il pourrait être déplacé ailleurs. « Nous considérons cela comme une victoire », ajoute-t-il.
L'église d'Eric Folkerth offre également une aide matérielle et juridique aux personnes ciblées par l'ICE. Il raconte l'histoire poignante d'une famille mexicaine: la mère, accompagnée de ses deux grands enfants, s'est rendue dans les bureaux de l'ICE pour un rendez-vous administratif, tandis que le père attendait sur le parking avec leur nourrisson. Après trois heures, l'homme est entré pour demander de l'eau et a été arrêté. « Ils l'ont arrêté simplement parce qu'il était entré dans le bâtiment avec son bébé pour demander de l'eau… Voilà la réalité de ce que fait l'ICE à Dallas », déplore le pasteur. Selon lui, en renvoyant les pères de famille, ceux qui ramènent l'argent à la maison, les autorités espèrent que tout le reste de la famille suivra.
Ce combat s'inscrit dans un contexte plus large de tensions politiques et sociales aux États-Unis, où la Coupe du monde 2026 sert de vitrine internationale. Alors que les projecteurs sont braqués sur les stades, des voix comme celle d'Eric Folkerth rappellent que l'Amérique est aussi le théâtre de luttes pour les droits humains. Le pasteur, qui se dit « anti-Trump pur et dur », continue de prêcher la résistance et la solidarité, convaincu que son action, bien que locale, a un impact national. « Nous devons rester vigilants et ne pas laisser la peur nous paralyser », conclut-il, avant de retourner à ses activités pastorales.



