M6 a marqué un tournant dans l'histoire de la télévision française en diffusant la Coupe du monde 2026, un événement qui a attiré des millions de téléspectateurs mais dont la rentabilité financière reste un sujet de débat. La chaîne, qui a acquis les droits de diffusion pour 120 millions d'euros selon des estimations non confirmées, a réussi à détrôner TF1, le diffuseur historique de la compétition. Ce pari audacieux, annoncé en 2024, a surpris les observateurs des médias, mais les résultats d'audience ont été à la hauteur des attentes, du moins pour les matchs clés.
Les audiences ont atteint des sommets, notamment lors des rencontres de l'équipe de France. Le match France-Norvège a réuni 13,68 millions de téléspectateurs, tandis que France-Maroc en a attiré 16 millions. La rencontre contre l'Espagne, qui a vu les Bleus quitter la compétition, a battu des records avec près de 20,2 millions de téléspectateurs, soit 73,1 % de part d'audience, la meilleure performance télévisuelle depuis l'ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024. M6 s'est félicité d'avoir réalisé sa « meilleure semaine historique » avec 19 % de part d'audience sur l'ensemble du public et 39 % chez les 15-34 ans, dépassant même les scores de « Loft Story ».
Cependant, ces chiffres doivent être nuancés. Selon Médiamétrie, la moyenne des audiences pour les phases de poules n'a été que de 3,8 millions de téléspectateurs, contre 6,4 millions en 2022, soit une baisse significative. Télérama a souligné que la Coupe du monde 2026 enregistre les pires audiences de l'histoire de l'événement, en raison du nombre accru de matchs, dont certains moins prestigieux, et des horaires de diffusion en pleine nuit en raison du décalage horaire. La petite finale, samedi, n'a attiré que 8,5 millions de téléspectateurs, et la finale Argentine-Espagne, dimanche, a rassemblé 12,24 millions, soit moitié moins que la finale de 2022 sur TF1.
La question de la rentabilité est au cœur des préoccupations. Selon l'analyste Kantar Medias, les huit rencontres de l'équipe de France ont généré 99,4 millions d'euros bruts d'investissement publicitaires, avec Google, Nike et Volkswagen comme principaux annonceurs. Pourtant, David Larramendy, président du groupe M6, a reconnu dans une interview à L'Équipe que « le Mondial ne sera pas rentable ». Il espérait qu'une éventuelle finale avec la France génère des revenus supplémentaires importants, mais l'élimination des Bleus a réduit cet espoir. Un expert du marché publicitaire cité par Le Parisien estime que le différentiel entre une qualification ou non pour la finale était de 5 à 6 millions d'euros.
Pour Pierre Maes, consultant spécialisé dans les droits TV sportifs et auteur du livre « Le business des droits TV du foot », investir dans le sport à perte est une tendance de longue date pour les chaînes en clair. « Les recettes des écrans publicitaires vendus autour et à l'intérieur de l'événement ne suffisent pas à rentabiliser la dépense », explique-t-il. Il souligne que le pari est d'autant plus risqué qu'il dépend des résultats imprévisibles d'une équipe, même si les Bleus ont habitué le public à atteindre les demi-finales sous Didier Deschamps.
Malgré ces défis financiers, M6 a tiré des bénéfices stratégiques de cette diffusion. « M6 a toujours été la petite chaîne. Là, pour une fois, pour le public, ils se sont mis au-dessus de TF1. Il y a de la survie, il y a sans doute un peu d'ego aussi », analyse Pierre Maes. Au-delà de l'image de marque, la chaîne a cherché à attirer durablement un public jeune et à promouvoir ses autres programmes, comme lors des pauses publicitaires et des mi-temps. Ce pari, bien que coûteux, a permis à M6 de se positionner comme un acteur majeur du sport à la télévision française.



