À Dallas, l'heure est au constat amer pour les supporters de l'équipe de France. Alors que les Bleus disputent ce mardi une demi-finale de Coupe du monde contre l'Espagne, la présence tricolore dans les tribunes américaines semble bien discrète, voire inexistante, comparée à celle des autres grandes nations du football. Un paradoxe qui interroge, alors que la performance sportive des hommes de Didier Deschamps suscite pourtant un engouement certain outre-Atlantique.
Depuis le début du Mondial 2026, de nombreux Américains ont été séduits par le jeu des Bleus et ont arboré le maillot de Kylian Mbappé, de New York à Philadelphie en passant par Boston. Mais paradoxalement, les supporters français eux-mêmes se font plus rares au fil des matchs. Selon Guillaume Auprêtre, porte-parole des Irrésistibles Français, le principal groupe de supporters des Bleus, le nombre de leurs adhérents présents dans les stades a chuté de manière significative: on est passé d'une moyenne de 600 personnes en phase de poules à un peu plus de 330 pour cette demi-finale. Seuls soixante-dix adhérents ont suivi l'intégralité des matchs. « Il n'y a pas d'effet d'aubaine ou d'opportunité », explique-t-il, précisant que tous les billets étaient achetés à l'avance.
Le coût prohibitif du voyage aux États-Unis constitue un frein majeur. Raphaël, un supporter bourguignon de 30 ans présent à Philadelphie et Boston pour les matchs de poule, a envisagé de revenir pour la demi-finale, mais a dû y renoncer. « Il fallait lâcher 2 200 euros pour le billet d'avion, sans compter le prix de la place pour le match », regrette-t-il. Une place en catégorie 3, où se trouvent les Irrésistibles Français, coûte environ 800 euros. Ces contraintes financières expliquent en grande partie la faible mobilisation des supporters tricolores, comparée à celle des autres nations.
Le contraste est saisissant avec les supporters anglais, néerlandais, argentins, brésiliens ou écossais, qui bénéficient souvent d'une importante diaspora aux États-Unis et d'une logistique mieux rodée. Casey Settleman, un youtubeur américain de 145 000 abonnés qui a assisté à 29 matchs de ce Mondial, s'est même interrogé publiquement sur ce phénomène. « Vu de l'extérieur, je considère la France comme l'une des plus grandes nations du football. Je pensais que cela s'accompagnait d'un public très passionné, prêt à se déplacer très loin. J'ai été surpris de voir à quel point l'ambiance était faible », confie-t-il. Il compare notamment ce manque d'enthousiasme à l'ambiance qu'il avait pu observer lors d'un match de Ligue des champions du PSG.
Au-delà du nombre, c'est la qualité de l'ambiance qui est pointée du doigt. Les supporters français peinent à faire entendre leur voix dans les stades, que ce soit face à la Norvège, au Maroc ou à l'Irak. Raphaël explique que les Irakiens, massés derrière les buts, tous vêtus de blanc, formaient un bloc compact et chantaient en chœur « Irak », créant une atmosphère puissante. « Nous, on reprend un peu les codes des chants ultras. C'est un peu trop long. Tout le monde ne connaît pas les chansons, et comme il y a beaucoup d'Américains en tribunes, ça a du mal à prendre », analyse-t-il. Les chants français, souvent complexes et longs, ne sont pas adaptés à un public international ou à des supporters occasionnels.
Guillaume Auprêtre nuance toutefois ce constat. « Les Marocains étaient plus nombreux, mais parce qu'ils ont des avions affrétés par leur pays. On est des supporters capables de mettre des ambiances qu'on ne voit pas ailleurs, mais les contraintes, notamment logistiques, sont nombreuses. À l'Euro 2024, on était beaucoup moins que les Pays-Bas, mais on a fait bien plus de bruit », rappelle-t-il. Selon lui, la faiblesse numérique des supporters français est avant tout une question de moyens et d'organisation, et non d'un manque de passion.
En cas de qualification pour la finale, la question de la présence française dans les tribunes se posera avec encore plus d'acuité. Les billets étant déjà achetés pour la plupart, il est peu probable de voir une ruée de dernière minute. Les supporters tricolores devront donc composer avec une ambiance qui risque de rester en demi-teinte, contrastant avec la ferveur des autres nations. Une situation qui, si elle se répète, pourrait bien devenir un sujet de réflexion pour la Fédération française de football, qui devra peut-être repenser sa stratégie de soutien à ses supporters pour les grandes compétitions internationales.



