La Coupe du monde 2026 restera dans les annales comme une édition de contrastes, où l'expansion du format à 48 équipes et les évolutions arbitrales ont autant marqué les esprits que le jeu lui-même. Organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, cette compétition de 104 matchs étalés sur cinq semaines a consacré l'Espagne, championne d'Europe en titre, victorieuse en finale après prolongation face à une équipe réduite à dix. Mais au-delà du résultat sportif, c'est l'empreinte laissée par la FIFA et ses choix qui alimente les débats.

Le passage de 32 à 48 équipes, une première dans l'histoire du Mondial, a suscité des réactions contrastées. Gianni Infantino, président de la FIFA, a défendu cette décision lors de sa conférence de presse de clôture, affirmant que « davantage de pays peuvent y croire, davantage d'enfants peuvent garder l'espoir et davantage d'opportunités sont offertes au monde entier de participer ». Il a ajouté que les critiques sur une dilution de la qualité étaient infondées, estimant que la compétition en est ressortie « bien plus forte ».

Pourtant, l'historien Paul Dietschy, auteur de plusieurs ouvrages sur le football et les Coupes du monde, nuance ce bilan. « Les critiques proviennent d'Europe, avec l'idée que c'est une compétition qui doit être réservée aux meilleurs pays, c'est-à-dire l'Europe et l'Amérique du Sud », explique-t-il. Il rappelle que cette ouverture s'inscrit dans la lignée des réformes engagées depuis 1974 sous la présidence de João Havelange, avec des places fixes pour l'Afrique et l'Asie. « L'inconvénient, évidemment, c'est la durée. Mais on n'ira plus en arrière », ajoute-t-il, tout en soulignant que l'Europe a largement dominé avec six représentants en quarts de finale.

Sur le plan du jeu, cette édition n'a pas produit de matchs entrés dans la légende, mais quelques moments forts ont retenu l'attention. L'Argentine, vice-championne du monde, a offert des retournements spectaculaires, notamment en étant menée 2-0 à la 79e minute contre l'Égypte puis 1-0 à la 85e contre l'Angleterre, avant de s'imposer. L'Allemagne a déçu, tandis que l'Angleterre a vu son parcours prometteur brisé par son « ADN de la lose ». La France, trop forte lors de ses six premiers matchs, a échoué au septième, empêchant son parcours de marquer l'histoire.

Paul Dietschy retient surtout la résistance de petites équipes comme le Cap-Vert, et les deux derniers matchs. « La petite finale a été la rencontre la plus folle, la plus "américaine" si on veut, avec un score très rare. Et la finale a consacré un jeu dans lequel le collectif est le héros », analyse-t-il. Il souligne aussi la présence de grandes vedettes comme Mbappé, Messi, Kane ou Haaland, qui ont répondu présent dans un pays où les stars sont adulées.

Les évolutions arbitrales constituent peut-être l'héritage le plus durable de ce Mondial. Les mesures visant à lutter contre les gains de temps, notamment lors des remises en jeu et des changements, ainsi que les consignes pour laisser davantage jouer, ont été saluées par les amateurs. Cependant, des ajustements restent nécessaires, notamment pour trouver le juste équilibre entre fluidité et sanction des comportements antisportifs, comme ceux observés chez certains joueurs argentins. L'utilisation du VAR doit également gagner en cohérence pour garantir l'équité.

En définitive, la Coupe du monde 2026 laisse une trace ambivalente. D'un côté, elle a ouvert le football à de nouvelles nations et modernisé l'arbitrage; de l'autre, la dilution du niveau due à l'élargissement et l'absence de moments véritablement historiques sur le terrain interrogent. Comme le résume Paul Dietschy, « ce Mondial a sacré un collectif mais restera aussi pour ses individualités ». Le temps dira si cette édition sera surtout retenue pour son expansion ou pour l'intelligence collective du jeu espagnol.