La rencontre pour la troisième place de la Coupe du monde 2026, qui opposera samedi à Miami la France à l'Angleterre, ravive un débat récurrent sur l'utilité de ce match de consolation. Alors que les deux équipes sortent d'une défaite cruelle en demi-finale, l'enthousiasme est loin d'être au rendez-vous, tant du côté des joueurs que des supporters.
Le sélectionneur anglais, Thomas Tuchel, a été le plus explicite après l'élimination de son équipe face à l'Argentine. « Personne n'a envie de jouer ce match, aucun de nos joueurs ni aucun des joueurs français », a-t-il confié, avant d'ajouter que son équipe se préparerait « de manière professionnelle ». De son côté, Didier Deschamps, qui disputera son dernier match à la tête des Bleus, a adopté un ton plus mesuré mais tout aussi déterminé: « On va tout faire pour aller chercher la 3e place. On a ce devoir-là, par rapport à nous-mêmes, par rapport à ce que représente ce maillot. »
Les anciens joueurs français, qui ont vécu des situations similaires, témoignent du vide émotionnel qui entoure cette petite finale. Alain Giresse, qui avait disputé le match pour la troisième place en 1982 après la légendaire demi-finale perdue contre la RFA, se souvient: « C'est la finale qu'aucun joueur ne veut disputer. Ce match a une signification aux JO mais pas du tout sur un Mondial. » Cette année-là, Giresse et la majorité des cadres tricolores avaient regardé le match depuis le banc ou les tribunes, une défaite 2-3 contre la Pologne « totalement zappée par tout le monde ».
Quatre ans plus tard, en 1986, l'histoire se répète: nouvelle défaite en demi-finale contre l'Allemagne, et les cadres comme Platini et Giresse se retrouvent encore en tribunes pour la petite finale contre la Belgique. Luis Fernandez, suspendu pour ce match, garde pourtant un souvenir plus positif: « Henri Michel avait fait tourner et je trouvais ça formidable de voir tous ces joueurs qui avaient eu une très bonne attitude durant la compétition être récompensés. » Interrogé sur la valeur de la médaille de bronze, il avoue: « Je ne sais même plus si on avait reçu une médaille ce jour-là. » Alain Giresse renchérit: « Luis ne s'en souvient pas parce que ça n'est pas une médaille qu'on met en avant dans son salon. Je ne sais même pas où est la mienne. »
La FIFA, de son côté, met en avant l'enjeu statistique. Sur son site, l'instance souligne que la France « peut encore faire gonfler son palmarès » et « visera un 7e podium en Coupe du monde, ce qui la rapprocherait un peu plus du palmarès des géants du tournoi ». L'Allemagne détient le record avec 12 podiums, devant le Brésil (9). Pourtant, même les passionnés d'histoire du football peinent à connaître ces chiffres, ce qui relativise l'importance de ce match de classement.
Si l'UEFA a abandonné la petite finale pour son Championnat d'Europe depuis 1984, la FIFA maintient cette tradition apparue dès la deuxième Coupe du monde en 1934. La raison est avant tout économique: les diffuseurs sont ravis de proposer un match supplémentaire avant la grande finale, et les places se vendent entre 220 et 700 euros, un tarif comparable à celui des huitièmes de finale. Dans une enceinte de 65 000 places comme le Hard Rock Stadium de Miami, la recette est juteuse.
Du côté des supporters français, l'enthousiasme est mesuré. Valentin Vannelli, membre du groupe des Irrésistibles Français qui n'a manqué aucun match des Bleus lors de cette première Coupe du monde vécue sur place, sera présent à Miami mais sans grande excitation: « La douche froide de l'Espagne n'est pas encore passée et je ne ressens pas du tout d'excitation. » La moitié des 300 membres de ce groupe de supporters a d'ailleurs renoncé à son billet pour cette rencontre.
Ce match pour la troisième place illustre ainsi le fossé entre les considérations économiques et sportives d'une part, et la réalité émotionnelle des acteurs d'autre part. Si la FIFA et les diffuseurs y voient une opportunité commerciale et un enjeu statistique, les joueurs et une partie des supporters peinent à trouver la motivation nécessaire après l'immense déception d'une élimination en demi-finale. Le débat sur la pertinence de cette « consolante » risque donc de perdurer.



