Le Maroc aborde son quart de finale contre la France, jeudi à Boston, avec un statut radicalement différent de celui qu'il avait lors de leur dernière confrontation en demi-finale du Mondial 2022 au Qatar. À l'époque, les Lions de l'Atlas étaient la surprise du tournoi, une équipe portée par une défense de fer et un état d'esprit irréprochable. Aujourd'hui, ils sont considérés comme une nation majeure du football mondial, classée septième au classement FIFA et forte d'une génération dorée qui a mûri en quatre ans.
« On n'est plus une surprise aujourd'hui et c'est une grande fierté », déclarait Mohamed Ouahbi, le sélectionneur marocain, après la victoire en huitièmes de finale contre le Canada. « Je pense que ce n'est que le début et j'espère qu'on continuera de longues années à faire de tels parcours. » Ce changement de statut, le Maroc l'a construit sur des performances solides: un match nul arraché contre les Pays-Bas (grâce à un but de Diop), une victoire convaincante face au Canada, et une maîtrise technique qui lui a permis de disputer la possession de balle au Brésil (46 %) et de confisquer le ballon aux Oranje (70 %).
Mohamed Ouahbi, nommé à la tête de la sélection après le départ de Walid Regragui, incarne cette nouvelle ère. Ancien champion du monde U20, il n'avait dirigé que des équipes de jeunes avant de prendre les commandes des Lions de l'Atlas. Sa philosophie de jeu repose sur l'ambition et la construction offensive, un virage assumé par rapport au style plus défensif de son prédécesseur. « Mohamed Ouahbi a donné de l'ambition à cette équipe dans la construction, sur le fait d'aller plus haut, de chercher à construire chez l'adversaire », analyse Nasser Larguet, ancien directeur de l'Académie Mohamed VI, l'équivalent marocain de Clairefontaine.
Cette ambition se traduit par un jeu plus équilibré, capable de s'adapter à l'adversaire. Contre les Pays-Bas, le Maroc a su garder le ballon et créer des occasions; contre le Canada, il a utilisé le contre pour faire la différence. « On verra quelle équipe aura le plus le ballon, c'est un rapport de force », a commenté Didier Deschamps, le sélectionneur français, en conférence de presse mercredi. « Le sélectionneur marocain prend ses dispositions et moi aussi. »
Le Maroc peut compter sur des individualités de premier plan: Achraf Hakimi, à son apogée, balaye son couloir droit avec une énergie débordante; Brahim Diaz apporte sa créativité; le duo Bouaddi-El Aynaoui fait office de métronome au milieu de terrain; et Yacine Bounou reste un gardien impénétrable. Si le secteur offensif manque encore d'une véritable pointure, les dix buts marqués jusqu'à présent montrent que l'équipe sait se montrer efficace.
La demi-finale perdue en 2022 (2-0) avait laissé un goût d'inachevé, entachée par une cascade de blessures. « Il y avait eu une hécatombe de blessures. Nayef Aguerd était blessé, l'entraîneur avait dû modifier son positionnement avec cinq défenseurs, dans lequel Romain Saïss s'est blessé au tout début du match », rappelle Nasser Larguet. « Aujourd'hui, l'équipe est complète et elle a toutes ses forces vives. »
Le Maroc veut croire en sa capacité à gagner la Coupe du monde, un discours que Walid Regragui avait déjà tenu avant la défaite contre les Bleus. « On a envie de gagner la Coupe du monde, ce ne sont pas des paroles en l'air », avait-il déclaré. Mohamed Ouahbi a repris ce mantra: « Le Maroc est entré dans une nouvelle ère, une ère où nous devons croire en notre capacité à être sacrés champions du monde. »
Face à une équipe de France favorite mais irrégulière, les Lions de l'Atlas ont les armes pour créer la surprise. Leur capacité à alterner entre possession et contre-attaque, leur solidité défensive et leur confiance retrouvée en font un adversaire redoutable. « Gare à ne pas prendre le Maroc pour la petite équipe qu'elle n'est plus », prévient Nasser Larguet. Le message est clair: le Maroc est venu pour gagner, et il en a les moyens.



