Kylian Mbappé, capitaine de l'équipe de France, a réussi à transformer en atout le mème du « dictateur » qui l'accompagne depuis deux ans sur les réseaux sociaux. Alors que les supporteurs américains rivalisent d'imagination pour détourner cette image — pancartes, tee-shirts floqués, tenues militaires — le joueur du Real Madrid s'impose par son autorité naturelle et son charisme, tant sur le terrain que dans le vestiaire.

Depuis le début du Mondial, les spectateurs présents dans les stades américains surfent sur cette tendance. Lors du quart de finale face au Maroc au Gillette Stadium de Boston, des photos de Mbappé déguisé en militaire ont été imprimées sur des tee-shirts, accompagnées de pancartes affichant le surnom « Dictateur ». Un supporteur est même apparu casquette et veste militaire sur le dos, avec l'inscription « Mbappé 10 Dictator ». Cette vague n'a pas été inventée par les Américains: le mème circule depuis deux ans sur Internet, renforcé par des vidéos générées par intelligence artificielle, notamment depuis que Mbappé a pris le brassard de capitaine en sélection et au gré de ses performances avec le Real Madrid.

L'historien Yves Léonard, auteur de « Salazar, le dictateur énigmatique », apporte un éclairage nuancé sur cette comparaison. « Chez les dictateurs, vous avez des gens qui, par leur autorité naturelle, leur image publique, leurs compétences réelles ou supposées, s'imposent. Tout comme Salazar dans les années 1930, c'était, selon une formule apocryphe détournée de son sens, le meilleur d'entre nous. Pour Mbappé, ce sont ses buts, son autorité naturelle sur l'ensemble du groupe qui font qu'il est au-dessus », explique-t-il. L'historien souligne que certains dirigeants autoritaires, notamment en Amérique du Sud, dégageaient une aisance particulière lorsqu'ils s'exprimaient en public.

Ce qui était réservé à Internet s'est propagé dans le vestiaire des Bleus. Une vidéo publiée par l'équipe de France montre Ousmane Dembélé, dans l'avion qui ramenait les joueurs à Boston, appelant Mbappé « Mobut », en référence à Mobutu Sese Seko, l'ancien dictateur de l'ex-Zaïre. Ce signe témoigne d'un groupe qui s'amuse de la situation et d'un capitaine qui sait rassembler derrière lui. Les coéquipiers boivent ses conseils, et les suiveurs se délectent de ses prises de parole depuis un mois, notamment sa défense acharnée d'Ousmane Dembélé lors d'une conférence de presse mémorable.

Le sélectionneur Didier Deschamps a tenu à défendre son capitaine après le match face au Paraguay. « Vous le faites passer pour un dictateur, mais Kylian a une image qui n'est pas du tout la réalité. Quand il parle, il parle au nom du groupe. Il me fait passer les doléances des joueurs qui ne sont pas toujours les siennes », a-t-il déclaré. Deschamps a répété ce message après le quart de finale: « Beaucoup pensent que Kylian Mbappé est un dictateur et ne pense qu'à lui-même, c'est quelqu'un qui est exemplaire en tant que capitaine. Et par ce qu'il fait sur le terrain aussi. Au-delà de tous les buts qu'il marque. »

Sur le terrain, Mbappé semble s'être transformé pour le bien du collectif, mettant sa personne en retrait. Avec déjà huit buts au compteur, il est le meilleur buteur de l'histoire du football français et plane au-dessus de cette Coupe du monde. Mais son comportement exemplaire va au-delà des statistiques. « Mbappé est un garçon intelligent, fin analyste, qui a bien décrypté le système, qui sait s'en servir et sait que ça peut se retourner contre lui assez brutalement et avec force », analyse Yves Léonard. Le champion du monde 2018 sait que s'il ne ramène pas le trophée, toutes ses bonnes actions seront vite oubliées.

Mbappé inspire aussi la peur chez les adversaires. Le Maroc, pourtant séduisant depuis le début du Mondial, s'est métamorphosé en quart de finale pour tenter de gérer le pouvoir de nuisance du capitaine français et de ses lieutenants, sans grande réussite. L'attaquant du Real Madrid a su garder son calme face aux provocations paraguayennes et privilégier le collectif à ses performances individuelles. Peu importe s'il ne bat pas le record de Messi ou de Fontaine, peu importe si ce n'est pas lui qui marque: l'important est ailleurs, dans la quête d'un nouveau titre mondial pour les Bleus.

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Rédactrice actualités

Anaïs Aubert couvre pour Cortex Luxe l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.