Le patron de la Fifa, Gianni Infantino, a mis sur la table un projet qui fait déjà grand bruit dans le monde du football. Selon des informations révélées par le Times et confirmées par l'instance dirigeante, Infantino souhaite vendre des parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Cette opération passerait par la création d'une société baptisée « Fifa Forward Enterprise » (FFE), qui gérerait l'ensemble des activités commerciales liées à la compétition, notamment la diffusion, le sponsoring, la billetterie et l'octroi de licences.
La FFE prévoit de lever 4,2 milliards de dollars (environ 3,7 milliards d'euros) dès cette année. La Fifa assure que tous les bénéfices nets seront réinvestis dans le football. Pour faire accepter ce projet, l'instance promet aux 211 fédérations membres un versement immédiat de 20 millions de dollars chacune, puis des revenus croissants d'année en année. L'objectif affiché est de dégager une enveloppe supérieure à 10 milliards de dollars (8,8 milliards d'euros) sur les quatre prochaines années pour financer le développement du football, contre environ 2,7 milliards initialement prévus sur la période 2027-2030.
Ce plan intervient alors qu'Infantino avait déjà évoqué, lors de la conférence de presse d'ouverture du Mondial 2026, son intention de « libérer le potentiel commercial » de la Fifa. Il doit encore être validé par le Conseil de la Fifa, mais le dirigeant suisse semble en position de force pour le faire adopter.
L'aspect le plus polémique du projet réside dans ses liens avec l'entourage proche du président américain Donald Trump. Pour mener à bien l'opération, la Fifa travaille avec la banque d'affaires J.P. Morgan et le fonds d'investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Selon le Times, Joshua Kushner devrait prendre la tête du groupe d'investisseurs potentiels pour la FFE et en tirer les plus gros bénéfices. Pire encore, le journal britannique affirme qu'Infantino se serait assuré auprès de Kushner d'être nommé directeur général de la FFE en 2031, à l'issue de son dernier mandat à la tête de la Fifa – sous réserve de sa réélection l'an prochain. Cela lui permettrait de multiplier ses revenus personnels, d'autant qu'il prévoit par ailleurs de porter la Coupe du monde à 64 équipes (soit 128 matchs contre 104 en 2026), générant encore plus de recettes.
Ce projet suscite une indignation quasi unanime parmi les acteurs du football. L'UEFA a réagi avec une rare fermeté: « Ça franchit une ligne que les institutions gouvernant le football ne devraient jamais franchir. L'âme et la gouvernance du football ne sont pas des capitaux sur lesquels faire de la spéculation, surtout sans aucune transparence sur la destination des bénéfices financiers. Aucun d'entre nous n'est le propriétaire du football. Ce n'est pas à la Fifa de le vendre. »
Javier Tebas, président de la Liga espagnole, a également dénoncé un projet qui « ressemble à une campagne électorale financée avec l'avenir du football ». Il a ajouté que « les compétitions et les droits commerciaux de la Fifa ne sont pas le patrimoine personnel d'Infantino » et que ce dernier est « le problème » de la gouvernance de l'instance.
Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, s'est aussi exprimé: « Le football n'appartient pas aux investisseurs. Il appartient aux personnes qui remplissent les tribunes et qui se tiennent sur la ligne de touche semaine après semaine, sous la pluie ou le beau temps. La Coupe du monde n'est pas un produit. C'est la plus grande compétition du sport mondial, et elle n'a jamais appartenu à personne pour être vendue. Embellissez l'affaire comme vous voulez, une fois que vous en avez vendu une partie, vous avez vendu l'ensemble. »
Ce projet intervient dans un contexte déjà très tendu pour Infantino, critiqué pour sa proximité avec l'administration Trump pendant le Mondial 2026. En vendant la compétition reine du football à des investisseurs privés, il risque de fragiliser encore davantage la crédibilité de la Fifa et d'ouvrir la voie à une financiarisation accrue du sport. Si le conseil de la Fifa valide le projet, ce sera un tournant historique pour la gouvernance du football mondial – un tournant que beaucoup jugent dangereux pour l'avenir du jeu.



