L’Assurance maladie a publié jeudi 2 juillet son rapport annuel « charges et produits », dans lequel elle préconise une mesure radicale pour lutter contre le tabagisme: interdire la vente de cigarettes à toutes les personnes nées après 2009. L’objectif affiché est de faire émerger une « génération sans tabac » en France, en s’inspirant du modèle britannique. Le Royaume-Uni a en effet récemment adopté une législation similaire, devenant le deuxième pays au monde à franchir ce pas, après la Nouvelle-Zélande.

Lors d’une conférence de presse, le directeur général de l’Assurance maladie, Thomas Fatôme, a justifié cette proposition en soulignant que la France « est capable de faire ça » et qu’« il n’y a pas de raison d’être plus bêtes » que les Britanniques. Il a également rappelé que, malgré les mesures déjà mises en œuvre — comme les avertissements sanitaires sur les paquets ou les hausses de prix —, la France reste « mauvais par rapport à ses voisins » en matière de lutte contre le tabagisme. Selon les données de l’Assurance maladie, le tabac reste la première cause de mortalité évitable dans le pays, avec environ 75 000 décès par an.

Au-delà du tabac, le rapport propose plusieurs autres mesures de prévention sanitaire. L’Assurance maladie recommande notamment de rendre obligatoire le Nutri-Score sur tous les produits alimentaires emballés, et d’y ajouter une information sur le caractère ultratransformé des aliments. « Il est maintenant temps de concrétiser le virage préventif » des politiques de santé, a estimé Samira Lehaine, présidente (CFDT) du conseil de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), qui a qualifié la prévention de « bataille de la décennie » et de « bon investissement » pour l’avenir du système de soins.

Le rapport préconise également de rendre obligatoire le port du casque à vélo et sur les engins de déplacement personnel motorisés (trottinettes, gyropodes, etc.) pour les personnes de plus de 12 ans. Cette mesure fait suite à une hausse préoccupante des accidents de trajet: ils ont augmenté de 7,6 % en 2024 et ont doublé depuis 2017, selon les chiffres de l’Assurance maladie. Par ailleurs, l’organisme propose de lancer « une grande campagne de vaccination contre les pneumocoques » pour les personnes âgées de 65 ans et plus, avec la même ambition que la campagne annuelle contre la grippe. Actuellement, seulement 18,7 % des seniors sont vaccinés contre le pneumocoque, alors que le coût annuel des pneumonies et infections associées est estimé entre 2,7 et 3,4 milliards d’euros.

Sur le plan financier, le rapport intervient dans un contexte de déficit croissant de l’Assurance maladie. Thomas Fatôme a rappelé que le déficit est prévu à 13,8 milliards d’euros en 2026, et qu’il devrait s’aggraver pour atteindre 15 milliards d’euros en 2027, puis 17 milliards d’euros en 2029. Pour faire face à ces déséquilibres, l’Assurance maladie propose plusieurs pistes d’économies, dont une « désescalade thérapeutique » en oncologie, c’est-à-dire une réduction des traitements lorsque cela est possible « sans perte de chance pour le patient ». Elle souhaite également « revoir le périmètre de prescription » du Vyndaqel, un médicament très coûteux utilisé contre l’amylose cardiaque, qui figure en tête du classement des 20 médicaments les plus remboursés par l’Assurance maladie.

Au total, l’Assurance maladie estime que l’ensemble de ses propositions permettrait d’atteindre un objectif d’économies de 3,9 milliards d’euros par an d’ici 2030, un montant jugé « nécessaire pour assurer la soutenabilité des dépenses » de santé. Le rapport « charges et produits » est un document annuel destiné à « éclairer les débats » budgétaires de l’automne, et ses recommandations seront examinées par le gouvernement dans le cadre de la préparation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027.

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Céline Girard couvre pour Cortex Luxe l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.