L'élimination du Portugal face à l'Espagne en huitièmes de finale de la Coupe du monde à Dallas a provoqué un soulagement paradoxal dans le pays. Si la défaite (1-0) a mis fin au parcours de la Seleçao, elle a surtout clos un chapitre controversé marqué par l'entêtement du sélectionneur Roberto Martinez à aligner Cristiano Ronaldo, 41 ans, à chaque match, malgré des performances déclinantes.

La rencontre, disputée lundi à Seattle, a vu le Portugal adopter une posture défensive excessive, laissant la possession à l'Espagne sans jamais vraiment tenter de prendre le contrôle. « Le Portugal n'a jamais vraiment essayé de prendre le contrôle du match. Ils ont laissé le ballon à l'Espagne, ils ont défendu très bas et ont attendu que les choses se passent », a confié Diogo Pombo, journaliste à Jornal Expresso, en zone mixte après le match. Ce plan de jeu, qualifié de « Jean-Claude-Dusse-Ball », a été jugé trop timoré face à une Roja technique et mobile.

La décision de Martinez de maintenir Ronaldo sur le terrain pendant la quasi-totalité des 90 minutes a été largement critiquée. À 41 ans, le quintuple Ballon d'or n'a plus la mobilité ni l'impact physique pour participer au pressing ou créer des différences. « Personne ne peut contester le fait qu'il a beaucoup trop joué pendant cette compétition. À 41 ans, il ne devrait plus enchaîner tous les matchs et jouer chaque minute », a ajouté Pombo. Le Portugal dispose pourtant d'attaquants plus jeunes, comme Gonçalo Ramos, capables de courir et de presser, mais Martinez a préféré s'appuyer sur son icône vieillissante.

Cette élimination marque un tournant pour la sélection portugaise. Roberto Martinez, dont le contrat court jusqu'en 2026, devrait quitter son poste, ouvrant la voie à un nouveau cycle. « L'annonce de son départ est même la meilleure nouvelle du jour », a ironisé un confrère portugais. La génération actuelle, riche en talents comme Vitinha, João Neves ou Rafael Leão, n'a pas réussi à exprimer son potentiel en raison d'un système trop centré sur Ronaldo. « Cette génération est bourrée de talent. Franchement, le Portugal n'a rien à envier à l'Espagne, à la France ou à l'Argentine sur le plan individuel. Le problème, c'est que le sélectionneur n'a jamais construit une équipe avec une vraie identité », a déploré un autre journaliste.

Pour Cristiano Ronaldo, cette Coupe du monde pourrait être la dernière. L'attaquant, qui évolue désormais en Arabie saoudite, a vu son influence diminuer au fil des années. Si son héritage reste immense — champion d'Europe 2016, meilleur buteur de l'histoire du football —, son maintien dans le onze titulaire a nui à l'équipe. « Personne n'oubliera ce que Cristiano Ronaldo a fait pour la sélection portugaise, mais s'acharner à faire jouer l'idole à chaque match aura été une erreur incommensurable », résume un observateur.

Le Portugal quitte donc le Mondial avec des regrets, mais aussi avec l'espoir d'un renouveau. La fin de l'ère Martinez-Ronaldo ouvre la voie à une reconstruction, avec des jeunes joueurs prêts à prendre la relève. Pour les supporters, c'est un soulagement mêlé de tristesse: la fin d'une époque, mais le début d'une autre.

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Correspondant politique

Adrien Delorme couvre pour Cortex Luxe l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.