Le récital de Michael Olise contre la Suède (3-0) mardi en Coupe du monde 2026 a suscité un engouement en France, mais son attachement aux Bleus est bien plus ancien que les projecteurs des JO de Paris 2024. Contrairement à une idée répandue, le joueur du Bayern Munich, aujourd'hui meilleur passeur du Mondial avec cinq offrandes, avait déjà choisi le maillot tricolore à l'âge de 17 ans, en juin 2019, lors d'un rassemblement des U18 français au tournoi Maurice Revello, anciennement connu sous le nom de Festival international espoirs ou tournoi de Toulon.

À cette époque, les Jeux olympiques en France et la Coupe du monde aux États-Unis étaient encore très lointains. Michael Olise, alors joueur de Reading en Championship (D2 anglaise), a disputé deux matchs sur les terrains amateurs d'Aubagne et de Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône, contre les sélections U23 du Qatar (2-0) et du Guatemala (2-1). Ces rencontres, en apparence sans histoire, ont pourtant révélé l'essentiel de son talent: coups francs sur le poteau, dribbles dévastateurs, passes altruistes et conduite de balle soyeuse, autant de qualités qui émerveillent aujourd'hui le public américain.

Le gardien de but Hugo Barbet, qui partageait le vestiaire avec Olise lors de ce tournoi, se souvient parfaitement des premiers pas de ce talent offensif. « Michael est quelqu'un de très discret dans un groupe, mais sur le terrain, il ne l'est plus du tout, confie-t-il. Je ne le connaissais pas encore et j'ai tout de suite vu quelqu'un d'entreprenant, très à l'aise balle au pied, avec de l'intelligence de jeu et une qualité de passe. Ceci dit, je n'aurais jamais cru au moment-là qu'il aurait un jour un niveau de Top 5 mondial. » Cette discrétion dans la vie de groupe, toujours d'actualité dans l'aventure américaine des Bleus, s'explique en partie par ses difficultés à maîtriser la langue française, du fait de son parcours entièrement en Angleterre jusqu'à son transfert au Bayern en 2024. « Il parlait un français un peu moyen, confirme Hugo Barbet. Disons que ça passait bien entre nous en anglais, c'était plus simple. Michael connaissait par contre déjà la Marseillaise sur le tournoi de Toulon, je le voyais la chanter. »

Ce choix de carrière a fasciné Thierry Henry en 2024 et désespère les fans des Three Lions, ainsi que son coéquipier au Bayern, Harry Kane. Malgré une vie britannique et un père anglo-nigérian, le natif de Londres a toujours privilégié une nationalité sportive française, accessible grâce à sa mère franco-algérienne. Au printemps 2019, il arpentait les rues d'Aix-en-Provence avec ses nouveaux camarades des Bleuets, dont Lucas Chevalier, lors des « quartiers libres jusqu'à minuit après les victoires ». Hugo Barbet insiste sur la clarté de sa position: « À 17 ans, son choix pour les Bleus était clair dans sa tête. Pour lui, ça a toujours été la France. Et à cet âge-là, il n'est pas question de primes ou d'enjeux financiers. C'est juste qu'il se sentait plus français, il voulait jouer pour la France. »

Sur le terrain, son talent était déjà « imprévisible » à 17 ans. Bien que le sélectionneur Jean-Luc Vannuchi ne lui ait pas permis de se confronter aux U20 brésiliens (avec Antony et Matheus Cunha) et portugais (Vitinha et Gonçalo Ramos) lors de ce même tournoi, Olise faisait déjà « beaucoup de différences dans le jeu » face aux modestes sélections du Qatar et du Guatemala, sans toutefois s'offrir son premier but ou sa première passe décisive avec l'équipe de France. Il faudra attendre l'Euro Espoirs 2023 pour le voir marquer avec les Bleuets (1-0 contre la Norvège). Mais rien qu'aux entraînements, son impressionnait déjà en 2019. « Une prise de balle, ça ne ment pas dans le football, et il réussissait les mêmes qu'aujourd'hui avec son extérieur du pied. J'avais l'impression que chez lui, c'était inné », se souvient Hugo Barbet. Avant de poursuivre: « Il était très fort devant le but, et pour un gardien, il était vraiment imprévisible en 1 contre 1 car il pouvait te dribbler et te feinter jusqu'au dernier moment. Quand il décidait d'accélérer, il était impressionnant. J'étais sûr de gagner si j'étais dans son équipe! Et encore, il n'était qu'à 50 % de son potentiel de l'époque sur les entraînements. Disons que Michael, c'est un joueur de matchs. »

Cette histoire illustre comment un choix de jeunesse, fait loin des projecteurs et des enjeux financiers, a façonné le parcours d'un joueur qui brille aujourd'hui sur la scène mondiale. Alors que la France s'apprête à affronter de nouveaux défis en Coupe du monde 2026, le souvenir de ces premiers pas à Aubagne et Vitrolles rappelle que les grandes carrières commencent souvent par des décisions simples, prises avec le cœur.

Auteur

Reporter

Céline Girard couvre pour Cortex Luxe l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.