Anthropic peut-elle vraiment valoir 2 000 milliards de dollars ?
Les investisseurs d’Anthropic anticipent une valorisation d’au moins 2 000 milliards de dollars lors d’une possible IPO. L’entreprise a bien lancé la procédure, mais elle n’a encore fixé ni prix ni nombre d’actions.
Le chiffre de 2 000 milliards de dollars dit autant l’enthousiasme actuel pour l’intelligence artificielle que la taille réelle d’Anthropic. Selon le Financial Times, plusieurs investisseurs du créateur de Claude estiment que l’entreprise pourrait atteindre ou dépasser cette valorisation lors d’une introduction en Bourse potentiellement prévue en octobre.
La procédure existe bel et bien. Le 1er juin, Anthropic a annoncé avoir déposé confidentiellement auprès de la SEC un projet de formulaire S-1 pour une éventuelle IPO. En revanche, l’entreprise précise que le nombre d’actions et leur prix ne sont pas encore fixés. Le marché n’a donc pas validé une valorisation de 2 000 milliards.
Le dernier prix certain est beaucoup plus bas, même s’il reste spectaculaire. Le 28 mai, Anthropic a levé 65 milliards de dollars lors d’un tour de Series H qui l’a valorisée 965 milliards de dollars après investissement. Passer à 2 000 milliards en quelques mois supposerait donc plus qu’un doublement.
Les investisseurs fondent surtout leur scénario sur la vitesse du chiffre d’affaires. Anthropic a indiqué en mai que son revenu annualisé en rythme courant avait dépassé 47 milliards de dollars. TechCrunch rappelait qu’il se situait autour de 9 milliards à la fin de 2025.
Cette métrique mérite une nuance. Le run rate projette sur douze mois un rythme récent de ventes. Il permet de suivre une entreprise qui accélère très vite, mais il ne correspond pas au chiffre d’affaires réellement encaissé au cours d’un exercice complet.
D’après le Financial Times, les investisseurs anticipent entre 100 et 120 milliards de dollars de revenu annualisé à la fin de 2026. Anthropic n’a pas publié cette fourchette comme prévision officielle. Elle appartient donc au scénario des actionnaires qui cherchent à estimer ce que l’entreprise pourrait valoir au moment de l’IPO.
L’un d’eux a poussé le raisonnement jusqu’à 3 000 milliards de dollars. Avec une croissance proche de 800 % et un multiple d’environ 30 fois le revenu, une base de 100 milliards conduit mécaniquement à ce résultat. Mais le multiple n’est pas une loi : il dépend de la durée de la croissance, de la concurrence, des coûts et de l’appétit des marchés.
La technologie explique toutefois pourquoi le marché prend ces hypothèses au sérieux. Anthropic affirme que Claude est de plus en plus utilisé dans les opérations des grandes entreprises et dans le travail quotidien. Son dernier financement doit aussi servir à augmenter les capacités de calcul, développer les produits et partenariats, et poursuivre les recherches sur la sûreté et l’interprétabilité.
Cette combinaison est centrale. L’IA de pointe peut diffuser un logiciel à très grande échelle, mais elle exige aussi une infrastructure extrêmement coûteuse. La valeur d’Anthropic dépendra donc autant de la croissance de Claude que de sa capacité à transformer cette croissance en économie durable.
Si le S-1 devient public, le débat changera de nature. Les investisseurs auront accès à davantage de données sur les revenus, les coûts et les risques. Jusqu’à ce moment, 965 milliards restent la dernière valorisation confirmée, tandis que 2 000 et 3 000 milliards sont des scénarios construits par des investisseurs.
