Google Japan dévoile un clavier Gboard à tapis roulants
Google Japan présente le Gboard Kurukuru, un clavier expérimental dont les touches défilent sur quatre tapis roulants. Les fichiers de construction sont en open source, mais aucune commercialisation n'est prévue.
Google Japan a dévoilé une expérimentation de clavier qui inverse la relation entre la main et l'interface : au lieu que les doigts parcourent un clavier fixe, ce sont les touches qui viennent à eux. Baptisé Gboard Kurukuru Version, le dispositif a été développé par l'équipe Gboard et transforme un outil de bureau familier en une sorte de ligne de production miniature, où la frappe consiste à intercepter le bon caractère au moment où il passe sous le doigt.
Le mécanisme repose sur quatre tapis roulants continus. Chacun d'eux accueille 29 touches, pour un total de 116 caractères en mouvement. En faisant défiler les bandes, l'utilisateur peut garder la main relativement immobile et appuyer sur la lettre souhaitée lorsqu'elle arrive à sa portée. Les majuscules et les minuscules peuvent être saisies directement, et cette disposition mobile est conçue pour rendre l'ensemble du jeu de caractères accessible d'une seule main, voire d'un seul doigt.
Le projet ne se contente pas de déplacer des touches : il déplace aussi les habitudes. Sur un clavier classique, la mémoire musculaire indique aux doigts où se rendre. Avec Kurukuru, les doigts attendent que l'interface vienne à eux. Google Japan imagine ainsi une configuration à une main qui laisse l'autre libre pour une souris, ou, dans un scénario plus tranquille évoqué par l'équipe, pour une tasse de thé. Pour ceux qui ne veulent pas renoncer à la frappe à deux mains, l'utilisation simultanée de deux claviers Kurukuru est également présentée comme une piste possible vers une productivité accrue.
Cette création s'inscrit dans une longue série d'expérimentations Gboard menées par Google Japan. Kurukuru en constitue la quinzième entrée. Les éditions précédentes avaient étiré le clavier en une seule rangée allongée, l'avaient tordu en une boucle à double face et, en 2025, avaient remplacé la frappe traditionnelle par des cadrans inspirés des téléphones à cadran rotatif. La dernière-née poursuit cette tendance à prendre une interface du quotidien au pied de la lettre, puis à l'ingénierie avec suffisamment de sérieux pour qu'elle fonctionne réellement.
Google réfléchit par ailleurs à des variantes de couleur, à un mode haute vitesse et à des versions plus longues ou plus courtes et portables. Aucune de ces pistes n'a toutefois été annoncée comme un produit commercial. Le clavier à tapis roulants reste donc un objet expérimental, à mi-chemin entre le gag visuel et la démonstration technique.
Comme pour les précédents prototypes Gboard, le projet ne s'arrête pas à l'image. Google Japan a publié les fichiers de construction en open source, permettant à des makers de fabriquer eux-mêmes un dispositif similaire. Le montage rassemble des pièces imprimées en 3D, des switches et le système mécanique nécessaire à la circulation des bandes. L'objet final se situe quelque part entre le périphérique informatique, l'objet cinétique et la machine de bureau, exposant tout le mouvement qu'un clavier conventionnel dissimule habituellement sous une forme rectangulaire et immobile.
Aucune mise en vente n'est prévue pour le Gboard Kurukuru, ce qui vaut sans doute mieux pour ceux qui préfèrent que leurs voyelles ne s'échappent pas avant d'être pressées. Le projet fonctionne plutôt comme une remise en question volontairement exagérée d'une interface restée remarquablement stable pendant des décennies. Google Japan l'a dévoilé le 1er octobre, un clin d'œil récurrent au clavier familier à 101 touches. Derrière le jeu de mots se cache une question de conception simple : pourquoi le corps humain devrait-il toujours s'adapter à la machine ? Avec Kurukuru, pour une fois, ce sont les touches qui font le trajet.
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