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Cortex

6 Octobre 2026

Culture

À Koksijde, une maison contemporaine épouse les fondations d'une villa balnéaire

Le studio Vantieghem Talebi a conçu la maison House of Cards sur les fondations asymétriques d'une ancienne villa côtière à Koksijde, en Belgique, transformant une contrainte structurelle en signature architecturale.

Anaïs Aubert 4 min Yanko Design

À Koksijde, sur la côte belge, une maison familiale contemporaine tire son caractère d'un élément que l'on ne voit pas. Le studio Vantieghem Talebi a bâti House of Cards sur les fondations d'une villa balnéaire antérieure, dont l'emprise asymétrique en forme de croix a dicté la silhouette du nouveau bâtiment. Loin de chercher à effacer cet héritage, les architectes en ont fait le point de départ de leur composition.

La parcelle imposait également une limite de hauteur, une contrainte courante sur le littoral. Plutôt que de forcer un volume conventionnel sur un plan irrégulier, l'agence a développé chaque section de l'ancienne fondation comme une forme distincte, presque une petite maison en soi. De cette fragmentation naît une composition superposée et décalée, à laquelle le projet doit son nom. L'ensemble paraît ludique, mais l'organisation découle du site et non d'un effet ajouté après coup.

L'enveloppe extérieure est habillée d'un sapin de Douglas finement détaillé, qui apporte une chaleur à la géométrie tranchante du bâtiment. Le bois n'est pas traité ici comme une simple finition destinée à adoucir un volume audacieux : le studio décrit la peau, la structure et l'espace comme les parties d'une même idée, si bien que les surfaces visibles restent étroitement liées à la construction qu'elles recouvrent. Les angles de toiture prononcés rappellent les maisons de plage historiques de la région, tandis que les volumes qui se chevauchent donnent à cette silhouette familière un rythme différent.

Le projet dialogue ainsi avec son environnement sans chercher à s'en démarquer à tout prix. House of Cards affirme un point de vue clair, mais semble tenir à appartenir au lieu qui l'a vu naître. Le nom lui-même joue de ce paradoxe : un château de cartes évoque quelque chose de temporaire, voire de précaire, alors que la maison résulte d'un travail minutieux sur les limites structurelles et réglementaires. Selon l'angle de vue, on distingue tantôt la silhouette reconnaissable d'une maison à toit en pente, tantôt des volumes qui s'entrecroisent et obligent le regard à s'attarder.

Les architectes ont également eu recours à des techniques de préfabrication pour la structure et l'enveloppe. Ce détail est moins immédiatement séduisant que la ligne de toit, mais il explique comment un dessin aussi complexe a pu être traité comme un ensemble cohérent. Il serait facile de ne voir dans cette réalisation qu'une façade spectaculaire ; l'histoire plus intéressante réside dans la manière dont construction, matériaux et contraintes ont été pensés ensemble dès le départ.

House of Cards demeure une maison sur mesure, et non une solution prête à l'emploi pour tous les bâtiments anciens. Une fondation héritée soulève des questions pratiques qu'une belle photographie ne règle jamais, et une géométrie inhabituelle n'est pas automatiquement synonyme de meilleure manière d'habiter. Le projet plaide néanmoins pour un examen attentif de ce qu'un site offre déjà, avant de supposer qu'une page blanche produirait un meilleur dessin. Cette idée résonne particulièrement à l'heure où tant de constructions neuves empruntent les mêmes signaux visuels.

Un toit à pente, un bardage en bois, un profil soigneusement composé : aucun de ces éléments n'est nouveau en soi. House of Cards tire son caractère de la façon dont ils répondent à une emprise et à un lieu précis. Le projet suggère que familiarité et originalité n'ont pas à se livrer concurrence. Parfois, c'est la forme reconnaissable qui rend l'inattendue lisible. Reste une question que l'extérieur ne suffit pas à trancher : comment la famille éprouve-t-elle, de l'intérieur, ces volumes entrecroisés ?

3Vues

Anaïs Aubert

Auteur

Rédactrice actualités

Anaïs Aubert couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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