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23 Septembre 2026

Culture

Le sanglier de bronze de Sydney, bienfaiteur silencieux de l'hôpital depuis 1968

Réplique exacte du Porcellino de Florence, le sanglier de bronze installé devant le Sydney Hospital collecte des pièces pour financer équipements et recherche médicale depuis plus de cinquante ans.

Adrien Delorme 4 min Atlas Obscura - Latest Articles and Places

Sur le trottoir de Macquarie Street, à l'ombre des arches de pierre du Sydney Hospital, une anomalie géographique et culturelle attire l'œil des passants. Un sanglier de bronze accroupi domine une vasque de fontaine, son groin usé jusqu'à briller d'un éclat doré. Les visiteurs qui ont déjà arpenté le Mercato Nuovo de Florence éprouvent un sentiment de déjà-vu immédiat : il s'agit d'une réplique à l'échelle 1:1 d'Il Porcellino, le célèbre chef-d'œuvre du XVIIe siècle sculpté par Pietro Tacca.

Mais là où son jumeau florentin promet aux touristes chance et retour en Toscane, le sanglier de Sydney accomplit un service bien plus pragmatique : il est un contributeur à plein temps, et non rémunéré, du plus ancien hôpital d'Australie. Les pièces glissées dans la grille d'évacuation sous la statue ne restent pas dans un bassin ornemental. Elles sont régulièrement collectées et versées directement à la Sydney Hospital Foundation, qui finance du matériel médical et des travaux de recherche.

L'arrivée de cette icône florentine à l'autre bout du monde relève d'une histoire de nostalgie, de médecine de guerre et d'héritage familial. En 1968, la marquise italienne Clarissa Fiaschi Torrigiani a fait don du bronze, spécialement produit par la fonderie artistique Ferdinando Marinelli de Florence, pour honorer deux hommes de sa famille : son père, le docteur Thomas Fiaschi, et son frère, le docteur Piero Fiaschi. Tous deux furent des chirurgiens éminents du Sydney Hospital et des héros de la médecine militaire pour les forces australiennes outre-mer.

Thomas Fiaschi, émigré de Florence à la fin du XIXe siècle, a apporté en Australie des techniques chirurgicales pionnières, ainsi qu'une passion profonde pour la culture italienne et la viticulture. Il a notamment fondé la section de Sydney de la Société Dante Alighieri. La statue, installée à l'entrée même de l'hôpital, a rapidement captivé l'imagination des habitants par son charme superstitieux. Le rituel veut que les passants frottent le groin du sanglier — d'où son poli miroir, contrastant avec la patine sombre du reste du corps — et laissent tomber une pièce à travers la grille située en dessous.

Pour sa capacité constante et ininterrompue à susciter des micro-dons pendant plus d'un demi-siècle, le personnel hospitalier a officiellement surnommé la statue « The Silent Volunteer », le volontaire silencieux. L'expression résume bien la manière dont ce fragment de folklore Renaissance est devenu un moteur actif de la santé publique, transformant un geste touristique anodin en soutien concret aux soins et à la recherche.

Le contraste entre les deux Porcellino est frappant. À Florence, la statue reste un aimant à touristes, chargée de promesses de chance et de voyages futurs. À Sydney, elle incarne une forme de philanthropie discrète et quotidienne, où chaque pièce compte. La marquise Torrigiani, en choisissant de reproduire fidèlement l'œuvre de Tacca, a fait plus que rendre hommage à sa famille : elle a offert à la ville un objet de mémoire et d'utilité publique.

Aujourd'hui, le sanglier de bronze continue de remplir sa mission sans interruption. Son groin luisant témoigne de milliers de mains qui s'y sont posées, et les fonds récoltés soutiennent toujours les équipements et la recherche du Sydney Hospital. L'anomalie géographique et culturelle signalée par les observateurs n'est donc pas seulement une curiosité esthétique : c'est un exemple rare de tradition européenne transplantée qui, loin de rester folklorique, s'est muée en institution de bienfaisance.

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Adrien Delorme

Auteur

Correspondant politique

Adrien Delorme couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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