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Cortex

21 Août 2026

Culture

Quand l’eau monte, ces maisons amphibies s’élèvent et flottent avec elle

Face aux inondations, des architectes conçoivent des maisons capables de s’élever et de flotter. De la Tamise au Mékong, ces habitats amphibies repensent le rapport au sol et à l’eau.

Bastien Perrin 6 min architecture archives | designboom | architecture & design magazine

La plupart des maisons reposent sur une hypothèse rarement formulée : le sol restera stable. Une fondation ancre le bâtiment, et tout ce qui s’élève au-dessus s’organise autour de ce point fixe. Mais dans certaines régions, les inondations rendent cet accord soudainement incertain. L’eau traverse le jardin, atteint les murs et transforme la fondation en l’une des plus grandes vulnérabilités de la maison. À travers le Vietnam, l’Équateur, les Pays-Bas et les rives de la Tamise, un nombre croissant de projets résidentiels part d’un postulat différent : les maisons amphibies restent sur la terre ferme en conditions ordinaires et s’élèvent lorsque l’eau monte, tandis que les maisons flottantes vivent en permanence sur des fondations flottantes.

La maison Formosa, conçue par Baca Architects dans le Buckinghamshire, semble conventionnelle depuis la rive, ce qui rend son ingénierie d’autant plus singulière. Cette maison de 225 mètres carrés repose dans un bassin humide sur la Tamise et se comporte comme un bâtiment fixe par temps sec. Lorsque l’eau remplit le bassin, une base en béton assure la flottabilité et quatre poteaux de guidage verticaux maintiennent la structure en position pendant qu’elle s’élève. Des conduites de services flexibles suivent le mouvement, permettant aux connexions électriques et d’eau de voyager vers le haut. La maison peut s’élever de plus de 2,5 mètres, et lors des graves inondations de 2019 et 2020, elle s’est soulevée puis reposée comme prévu. Ce choix préserve aussi un rapport simple avec le jardin : élever tout le bâtiment en permanence aurait placé le plancher principal presque un étage au-dessus du paysage. Le système a ajouté environ 20 % au coût d’une maison conventionnelle avec sous-sol, selon Baca.

Au Vietnam, H&P Architects rend cette capacité de flottaison entièrement visible avec ses prototypes de maisons flottantes en bambou. Des poteaux de bambou à âme pleine forment la structure compacte, avec des panneaux de bambou tressé et d’autres revêtements légers pour l’extérieur. Sous le plancher, des barils de plastique réutilisés assurent la flottabilité. Un large toit en pente recueille l’eau de pluie et soutient l’énergie solaire, tandis que le stockage d’eau douce et les fosses septiques se trouvent près du centre. Le premier prototype ne mesure que 36 mètres carrés, mais son intérieur haut donne un volume surprenant à cette petite empreinte. Le studio a développé ce projet comme modèle de logement pour les communautés riveraines, notamment celles du delta du Mékong, où les inondations saisonnières façonnent déjà l’habitat et le travail. Les panneaux de plancher de l’étage supérieur peuvent être retirés pour ouvrir un espace commun plus vaste, et H&P imagine plusieurs maisons se rejoignant via des aires de jeux flottantes et des radeaux de culture.

Aux Pays-Bas, Studio RAP a conçu The Float à Leiden, qui part d’une flottabilité permanente, puis donne à la maison flottante familière une coque aux facettes inattendues. Le studio a divisé la résidence en volumes plus petits et les a orientés vers le paysage du canal, comblant les espaces avec des plans de murs et de toits pliés. Le liège massif enveloppe l’extérieur d’une peau brune texturée, tandis que le bois lamellé-croisé reste exposé à l’intérieur. Les plis structurels s’inspirent de l’origami et permettent à la coque en bois de porter plus loin avec moins de matériau. Achevée en 2021, la maison fait de l’eau une condition de site ordinaire plutôt qu’un événement que l’architecture attend de survivre. Sa construction dépend encore des exigences particulières de la flottaison, de l’amarrage, du poids et des connexions de services, mais ces systèmes s’effacent derrière l’expérience des pièces donnant sur le canal.

En Équateur, le projet Las Balsas de Natura Futura apporte une perspective historique différente : l’habitat flottant le long de la rivière Babahoyo précède de plusieurs générations le débat actuel sur l’adaptation climatique. Il y a environ deux siècles, plus de 250 maisons flottantes occupaient la rivière. En 2010, plus de 80 familles avaient été relogées dans des logements municipaux à six kilomètres, séparant de nombreux résidents de leur travail et de leurs liens communautaires liés à la rivière. Environ 25 maisons flottantes subsistent aujourd’hui. Natura Futura a travaillé avec les résidents et des collaborateurs pour réhabiliter sept maisons existantes tout en restaurant la rive. Le projet traite la rivière comme faisant partie du quartier lui-même. Des points d’accès mobiles relient les maisons à 150 mètres de sentiers inondables et à une plateforme partagée, tandis que des systèmes d’assainissement sec réduisent les eaux usées entrant dans la rivière. L’architecture s’appuie sur la construction locale en bois et le savoir collectif plutôt que d’introduire un modèle résidentiel étranger. Las Balsas déplace la chronologie : vivre sur l’eau peut sembler futuriste dans un contexte et profondément établi dans un autre.

Bastien Perrin

Auteur

Analyste économie

Bastien Perrin couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

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