Les États-Unis continuent de fournir gratuitement à l’Ukraine des renseignements comprenant des dossiers de ciblage pour frapper des positions russes en Ukraine et des infrastructures énergétiques en Russie, affirme The Atlantic dans un article publié le 9 août. Le renseignement constitue ainsi une forme d’aide moins visible que les livraisons d’armes, mais potentiellement déterminante pour l’efficacité des frappes à longue portée.
Le détail des opérations reste secret. Le magazine ne publie ni liste de cibles actuelles ni preuve permettant de relier chaque frappe ukrainienne à une donnée américaine. Il cite des sources américaines et ukrainiennes décrivant une coopération qui se poursuit. Cette prudence est essentielle: confirmer une politique de partage du renseignement ne revient pas à attribuer aux États-Unis la planification de chaque attaque.
L’orientation générale est néanmoins documentée depuis plusieurs mois. Reuters a rapporté en octobre 2025, sur la base de deux responsables américains, que Washington fournirait à Kiev des renseignements sur des cibles énergétiques à longue distance en Russie. Les exemples cités comprenaient des raffineries, des oléoducs et des centrales électriques.
En février 2026, le sénateur républicain Jerry Moran a publiquement déclaré que les États-Unis avaient élargi le partage de renseignement l’automne précédent afin d’aider l’Ukraine à viser des infrastructures énergétiques profondément à l’intérieur du territoire russe. Cette prise de parole ne révèle aucun détail opérationnel, mais elle confirme que le dispositif décrit aujourd’hui par The Atlantic possède un précédent politique vérifiable.
Le magazine attribue un rôle particulier au directeur de la CIA, John Ratcliffe, en poste depuis janvier 2025. Selon ses sources, Ratcliffe présenterait au président Donald Trump des chiffres élevés de pertes russes pour démontrer que l’Ukraine continue d’imposer un coût militaire important à Moscou. L’anecdote selon laquelle ces chiffres seraient notamment discutés sur un parcours de golf relève de conversations privées rapportées par des sources et n’est pas vérifiable indépendamment.
Le chiffre de «plus de 40 000» pertes mensuelles mérite lui aussi une précision. L’état-major ukrainien a estimé les pertes russes de juillet à 42 860 personnes, en comptant les morts, blessés, disparus et prisonniers. Juillet est le premier mois de 2026 au-dessus de 40 000. La moyenne mensuelle de l’année, selon les mêmes données ukrainiennes, se situe plutôt autour de 34 000. Il ne s’agit donc ni d’un décompte des seuls morts ni d’une moyenne durablement établie au-dessus de 40 000.
Sur le terrain, l’Ukraine poursuit sa campagne contre le secteur pétrolier russe. L’Associated Press a rapporté le 6 août des frappes contre des raffineries en Bachkirie et dans la région de Iaroslavl. Kiev présente ces opérations comme un moyen d’affaiblir les ressources qui soutiennent l’effort de guerre russe et d’obliger Moscou à consacrer davantage de moyens à la défense et aux réparations.
Cette logique économique ne règle toutefois pas la question juridique. Le Comité international de la Croix-Rouge rappelle que les infrastructures énergétiques sont, en principe, des biens civils. Une installation précise ne peut devenir un objectif militaire que si elle contribue effectivement à l’action militaire et si sa neutralisation procure un avantage militaire défini dans les circonstances du moment.
Le CICR souligne en outre qu’un objectif purement économique — diminuer les revenus de l’adversaire, exercer une pression politique ou le pousser à négocier — ne suffit pas à rendre licite l’attaque d’une infrastructure civile. Les installations à double usage doivent être évaluées individuellement et restent soumises aux principes de proportionnalité et de précaution.
L’expérience ukrainienne montre pourquoi cette distinction compte. Une mission des Nations unies a documenté en juin les attaques russes répétées contre la production d’électricité, les réseaux et le chauffage ukrainiens durant l’hiver 2025-2026, avec des effets en cascade sur l’eau, les soins, les écoles et les logements. Le même rapport a aussi recensé des attaques ukrainiennes contre les infrastructures électriques et de chauffage de la région russe de Belgorod.
La portée européenne de l’affaire dépasse donc le seul débat sur l’aide américaine. Elle touche à la manière dont les alliés répartissent leurs fonctions: financement, industrie, défense aérienne, renseignement et soutien à la planification. Une capacité américaine moins visible peut rester stratégique même lorsque d’autres partenaires assument davantage de dépenses matérielles.
La conclusion la plus solide est ainsi nuancée. Le partage américain de renseignements pour des cibles énergétiques profondes en Russie a été rapporté puis publiquement évoqué avant l’article de The Atlantic. Le magazine affirme désormais qu’il se poursuit gratuitement. En revanche, l’étendue actuelle des dossiers de ciblage, leur rôle dans des frappes précises et l’influence personnelle attribuée à Ratcliffe restent des éléments non accessibles à une vérification publique indépendante.



