Aller au contenu
Cortex

11 Octobre 2026

Science

Des empreintes d'outils en bois néandertaliens découvertes en Espagne

Le site d'Abric Romaní, en Espagne, a livré 597 empreintes et vestiges d'outils en bois fabriqués par des Néandertaliens il y a 62 000 à 40 000 ans, selon une étude de Palmira Saladié et al.

Céline Girard 4 min Blog – Hackaday

Une étude menée par Palmira Saladié et ses collègues révèle que le site archéologique d'Abric Romaní, en Espagne, a permis de mettre au jour 597 empreintes et vestiges d'outils en bois fabriqués par des Néandertaliens. Ces objets, exceptionnellement conservés, datent d'entre 62 000 et 40 000 ans, soit durant le Paléolithique moyen.

La rareté de telles découvertes tient à la fragilité du bois, qui se décompose rapidement dans la plupart des environnements. À Abric Romaní, une épaisse couche de travertin, un dépôt calcaire issu de carbonate de calcium, a recouvert et protégé les outils au fil des millénaires. Cette particularité géologique a permis la préservation d'objets qui, ailleurs, auraient disparu depuis longtemps.

Les vestiges retrouvés comprennent des lances et des massues en bois, mais aussi des plateaux et des trépieds. Certains fragments étaient suffisamment bien conservés pour que les chercheurs puissent identifier les essences d'arbres utilisées, et parfois même la partie précise de l'arbre dont le bois a été prélevé. Ces informations offrent un aperçu inédit des savoir-faire techniques des Néandertaliens et de leur capacité à transformer leur environnement.

La période concernée, entre 62 000 et 40 000 ans avant notre ère, correspond à un moment charnière. Homo sapiens commençait alors à s'installer en Europe, et les deux espèces humaines ont cohabité pendant plusieurs milliers d'années. Aujourd'hui, les traces de cette coexistence subsistent dans l'ADN des populations actuelles, qui conserve des fragments du génome de Homo neanderthalensis.

Le site d'Abric Romaní est connu pour avoir été occupé par des hominidés pendant des milliers d'années, ce qui en fait un lieu unique pour l'archéologie. La découverte initiale du site remonte au début du XXe siècle, lorsqu'un propriétaire terrien passionné d'archéologie et de sciences naturelles a signalé son intérêt pour la zone. Cette trouvaille fortuite a ouvert la voie à des décennies de recherches.

L'étude des outils en bois néandertaliens éclaire un aspect souvent négligé de la vie de nos ancêtres. Si les pierres taillées ont longtemps dominé les collections archéologiques, le bois a probablement joué un rôle tout aussi essentiel dans la fabrication d'armes, d'ustensiles et de structures. La conservation exceptionnelle d'Abric Romaní permet de documenter ces usages et de mieux comprendre comment les Néandertaliens exploitaient les ressources forestières.

Ces travaux s'inscrivent dans un courant de recherche qui, depuis plusieurs années, réévalue les capacités cognitives et techniques des Néandertaliens. Loin de l'image d'une humanité archaïque et limitée, les données accumulées montrent des populations capables d'adaptation, de planification et de transmission de savoir-faire complexes. La fabrication d'outils en bois, qui exige de choisir la bonne essence, de sélectionner la bonne partie de l'arbre et de façonner la matière, en constitue un exemple concret.

Le site espagnol continue de livrer des informations précieuses sur cette période. Les recherches à venir pourraient permettre de préciser les techniques employées, les fonctions des objets et les modalités de leur utilisation quotidienne. Pour les archéologues, Abric Romaní demeure un laboratoire naturel où le bois, matériau éphémère par excellence, a trouvé les conditions de sa conservation.

3Vues

Céline Girard

Auteur

Reporter

Céline Girard couvre pour Cortex l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.

Encore dans « Science »

  1. 9 OctobreDes chercheurs espagnols conçoivent un pneu aux bandes de roulement remplaçables
  2. 9 OctobreMargaret Hamilton, l'ingénieure qui a posé l'homme sur la Lune, est morte à 90 ans
  3. 7 OctobreLa stimulation magnétique transcrânienne devient open source
  4. 4 OctobreUn ingénieur recrée la Lune en dessins vectoriels grâce à un traceur maison