En première ligne du réchauffement climatique, la Grèce a radicalement changé sa stratégie face aux incendies de forêt. Après plusieurs étés marqués par des feux dévastateurs qui ont menacé les abords des grandes villes, le pays mise désormais sur la prévention en déployant des moyens technologiques de pointe: zones coupe-feu, drones de surveillance, et satellites d'observation. Cette approche vise à détecter les départs de feu le plus tôt possible et à limiter leur propagation, plutôt que de seulement lutter contre les flammes une fois qu'elles sont hors de contrôle.
Les autorités grecques ont ainsi considérablement élargi le réseau de zones coupe-feu, ces bandes de terrain débroussaillées qui créent des barrières naturelles pour freiner l'avancée du feu. Ces aménagements sont réalisés en priorité autour des zones habitées et des infrastructures sensibles, grâce à des moyens mécanisés et à des équipes spécialisées. Parallèlement, des drones équipés de caméras thermiques sont envoyés régulièrement en patrouille, notamment dans les zones difficiles d'accès, pour repérer les foyers naissants avant qu'ils ne deviennent incontrôlables.
L'utilisation des satellites est un autre pilier de cette stratégie. La Grèce s'appuie sur des services européens de surveillance, comme Copernicus, pour obtenir des images en temps réel des zones à risque. Ces données permettent d'optimiser le déploiement des pompiers et des moyens aériens, et d'anticiper les comportements du feu en fonction des conditions météorologiques. Le pays a également investi dans des capteurs au sol et des stations météo automatisées, qui fournissent des informations précises sur l'humidité de la végétation et la force du vent.
Ce changement de paradigme s'explique par l'expérience tragique des étés précédents. En 2023, la Grèce a connu des incendies records, qui ont brûlé des centaines de milliers d'hectares et provoqué des évacuations massives, y compris sur des îles touristiques. Le gouvernement a alors lancé un vaste plan de modernisation des services de protection civile, allouant des budgets supplémentaires à l'achat de matériel et à la formation des équipes. L'accent a été mis sur la coordination entre les différentes agences, avec un centre de commandement unique capable de mobiliser rapidement les ressources.
Les résultats commencent à se faire sentir. Selon des responsables locaux, le nombre de départs de feu détectés précocement a augmenté, et la surface moyenne brûlée par incendie a diminué dans les régions où les nouvelles mesures sont pleinement opérationnelles. Les drones et les satellites permettent désormais de surveiller en continu les zones forestières les plus sensibles, comme le mont Parnès près d'Athènes ou la forêt de Dadia, un sanctuaire de biodiversité.
Malgré ces progrès, les autorités restent prudentes. Le réchauffement climatique continue d'allonger la saison des feux et d'augmenter leur intensité. Des vagues de chaleur plus fréquentes et des sécheresses prolongées créent des conditions explosives. La Grèce, comme d'autres pays méditerranéens, doit donc constamment adapter ses outils. Les experts soulignent que la technologie ne remplace pas la vigilance humaine ni la sensibilisation du public, mais elle constitue un atout décisif pour gagner du temps face à des incendies de plus en plus extrêmes.



