La plateforme américaine Uber Technologies a conclu un accord pour racheter le groupe allemand Delivery Hero SE, maison mère du service de livraison Glovo, dans le cadre d'une transaction estimée à environ 15 milliards de dollars. Cette opération, annoncée jeudi 16 juillet 2026, marque une étape majeure dans la consolidation du secteur de la livraison de repas à domicile à l'échelle mondiale.
Selon les termes de l'offre publique d'achat, Uber propose 39 euros par action Delivery Hero, soit une prime significative par rapport au cours de clôture précédent. L'opération, qui devrait être finalisée au premier trimestre 2027, permettra à Uber d'intégrer les activités de Delivery Hero dans plus de 70 pays, dont des marchés clés en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. Le rapprochement entre les deux géants de la livraison suscite déjà des interrogations chez les régulateurs européens, qui pourraient exiger des concessions pour préserver la concurrence.
Delivery Hero, basé à Berlin, est l'un des plus grands groupes de livraison de repas au monde, présent notamment en Europe, au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Asie. Parmi ses marques les plus connues figurent Glovo, très populaire en Espagne et en Ukraine, ainsi que Foodpanda et Talabat. L'entreprise emploie des dizaines de milliers de livreurs et collabore avec des centaines de milliers de restaurants partenaires à travers le monde. Fondée en 2011, Delivery Hero a connu une croissance rapide grâce à une stratégie d'acquisitions agressive, mais a également dû faire face à des pertes récurrentes et à une concurrence féroce sur ses principaux marchés.
Pour Uber, cette acquisition s'inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer sa division de livraison de repas Uber Eats, déjà l'un des leaders mondiaux du secteur. En intégrant les activités de Delivery Hero, Uber pourrait réaliser d'importantes synergies opérationnelles, notamment en matière de technologie, de logistique et de partage de données. Selon des analystes financiers cités par Reuters, l'opération pourrait permettre à Uber d'économiser jusqu'à 500 millions de dollars par an en coûts opérationnels, tout en élargissant considérablement sa base d'utilisateurs et de restaurants partenaires. Le Financial Times note toutefois que les « synergies » promises par Uber méritent une certaine « suspension d'incrédulité », compte tenu de la complexité de l'intégration de deux entreprises aussi vastes et diversifiées.
L'impact sur les utilisateurs de Glovo, notamment en Ukraine où le service est particulièrement populaire, reste à préciser. Uber a indiqué dans un communiqué officiel vouloir « offrir une expérience encore meilleure aux consommateurs et aux partenaires », sans donner de détails concrets sur d'éventuelles fusions de marques ou de plateformes. Les experts estiment que les marques locales pourraient être maintenues dans un premier temps, avant une intégration progressive sous la bannière Uber Eats. Les livreurs, souvent précaires et organisés en syndicats dans plusieurs pays, craignent quant à eux une détérioration de leurs conditions de travail, alors que les pratiques d'Uber en matière de droits des travailleurs ont déjà été critiquées par le passé.
Cette acquisition intervient dans un contexte de consolidation accélérée du secteur de la livraison de repas, marqué par une concurrence intense entre les principaux acteurs mondiaux. Après une période de croissance explosive pendant la pandémie de Covid-19, le secteur a connu un ralentissement, poussant les entreprises à rechercher des économies d'échelle et des positions dominantes sur les marchés clés. L'opération Uber-Delivery Hero pourrait ainsi déclencher une nouvelle vague de fusions-acquisitions dans le secteur, les concurrents comme Just Eat Takeaway ou DoorDash cherchant à leur tour à se renforcer pour ne pas se laisser distancer.
Les autorités de la concurrence européennes devraient examiner attentivement cette opération, qui pourrait donner à Uber une position dominante sur plusieurs marchés nationaux de la livraison de repas. La Commission européenne pourrait exiger des cessions d'actifs ou des engagements comportementaux pour approuver la transaction. En Allemagne, où Delivery Hero est basé, le gouvernement a déjà fait part de ses préoccupations concernant l'impact sur l'emploi et la concurrence locale. Aux États-Unis, le département de la Justice pourrait également examiner l'opération sous l'angle du droit antitrust, bien que les activités des deux groupes y soient moins imbriquées.
L'action Uber a légèrement reculé à l'annonce de l'opération, certains investisseurs s'inquiétant du montant élevé de la transaction et des risques d'intégration. Delivery Hero a enregistré une perte nette de 1,8 milliard d'euros en 2025, malgré un chiffre d'affaires en hausse de 12 %. Les analystes restent divisés sur la pertinence stratégique de l'opération, certains saluant la vision à long terme d'Uber, d'autres jugeant le prix trop élevé au regard des défis opérationnels à venir. Quoi qu'il en soit, cette acquisition marque un tournant dans l'histoire de la livraison de repas et pourrait redessiner les équilibres concurrentiels du secteur pour les années à venir.



